madagascar

Pizza

Madagascar est une île africaine avec des influences asiatiques, sous-développée, tropicale et éloignée de 12 h d'avion de Paris : venant de France, je m'attendais fort logiquement à expérimenter un dépaysement conséquent. Or à ma descente d'avion ma plus grosse surprise a été de... ne pas être surpris. Tana présente un visage peu exotique, il s'agit d'une capitale relativement occidentalisée. Savez-vous quel a été le menu de mon premier repas? Une pizza quatre fromages! Livrée dans son emballage en carton par un étudiant en mobylette ... Sur le coup ça m'a vraiment choqué. J'ai vécu en Afrique de l'Ouest auparavant, et là-bas non seulement les pizzas sont rares mais surtout il est inimaginable de les livrer dans un emballage JETABLE! Quel gaspillage! Néanmoins j'ai mangé cette pizza sans râler, en supposant qu'il s'agissait d'un geste de mon hôte pour me faire plaisir et qu'il avait fait appel à l'unique pizzaïolo de Madagascar. J'ai dû rapidement déchanter: on trouve des pizzerias partout à Tana, il ne s'agissait pas d'un menu spécialement original. Il y a même des chaînes de restaurant qui livrent à domicile, avec système de franchise et flottille de mobylette. (une de ces chaînes s'appelle "Gastro Pizza", bravo pour le marketing!). Bon il ne s'agit pas de la nourriture de base des malgaches loin de là, ça reste un plat cher; mais néanmoins ce n'est pas comme je l'imaginais réservé aux expatriés français fortunés.
La suite de mes émois gastronomiques a été tout aussi exotique puisque le lendemain j'ai eu droit à du magret de canard confit... Et il y avait du foie gras en entrée!
Là encore rien de fantaisiste, pour ce que j'ai vu il y a plus d'élevage de canards que de poulet, et les techniques de gavage ont manifestement été importées avec succès.

Bon par la suite j'ai eu l'occasion de manger des plats traditionnels malgaches (rien de bien terrible d'ailleurs. On trouve des fritures style samoussas indien renommées '"sambos" ici, des brochettes de zebus et sinon l'essentiel est fait de riz accompagné d'une viande en sauce. A noter que généralement il y a peu de sauce; par contre l'eau de cuisson du riz est servi dans un verre à côté... c'est sûrement très sain au niveau hygiène alimentaire, mais un peu fade!)
Mais la chose intéressante dans tout cela c'est que ni la pizza ni le foie gras ne sont des fantaisies réservées aux restaurant chics, il s'agit d'imports culinaires passés dans les moeurs locaux, enfin du moins dans les moeurs de la classe moyenne de Tana. Moi dans l'affaire je me sens tout couillon, j'aurais donc fait 12000 km pour finalement ne rien gagner en exotisme? Ca se pourrait... Tana est une capitale, et la mondialisation des cultures est en route depuis bien longtemps. Je n'ai pas réussi à savoir l'origine exacte de la pizza à Tana. Il semblerait que les livreurs soient apparus dans les cinq dernières années, sinon la recette est connue et pratiquée dans les restos depuis au moins 15 ans.
Il y a bien d'autres détails qui font qu'un français à Tana ne peut pas vraiment se sentir totalement dépaysé. Certaines choses sont typiques et donnent un peu de cachet à la ville (en particulier tous les fonds de vallée sont cultivés en rizière), mais dans l'ensemble il s'agit d'une capitale très influencée par la culture occidentale. Dans la rue les gens sont habillés en pantalon/chemise, pas de boubous comme en Afrique de l'Ouest ou de Saris comme en inde. Il y a plusieurs grandes surfaces (y compris un Leader Price!). D'autre part la ville se situe à 1500 m d'altitude et jouit d'un climat plutôt frais, malgré que l'on soit sous les tropiques : du coup la végétation n'a rien d'africain, peu de manguier peu de palmiers, quand il y a des arbres généralement ce sont des sapins! A propos de sapin dans une semaine c'est Noël, donc en ville on trouve un Marché de Noël , et des pères Noël en costume s'agitent dans le centre exactement comme en France. Au temps pour l'exotisme... je trouve ça finalement un peu triste, il s'agit d'un mouvement global d'uniformisation qui diminue l'intérêt du voyage. Ca fait un peu penser aux villages français qui rivalisent dans le manque d'originalité, hormis les sites touristiques on va trouver systématiquement le même mobilier urbain à base de pavés roses et de jardinières de fleurs, les mêmes ralentisseurs, les mêmes mairies et salles polyvalentes, les mêmes enseignes PMU et Maison de la Presse. On n'en est pas encore là à Tana, mais je suis sur que d'ici cinq-six ans cette ville aura aussi droit à sa rue piétonnière en similis pavés roses. Bon sauf si on a droit à un coup d'état l'an prochain pour les élections suivis de 3 ans de récession économique, ça c'est une spécialité locale encore bien vivace
Pour finir une autre chose qui empêche de se sentir vraiment à l'étranger : il y a plein, plein plein de français à Tana.... parait il qu'il s'agit de la plus forte communauté française en Afrique après le Maroc, avec 25000 ressortissants enregistrés au consulat Même si ce chiffre à prendre avec des pincettes car je n'en ai aucune preuve il est exact qu'il y a un nombre surprenant de français à Tana. Peut être que les phénomènes s'entretiennent l'un l'autre: comme il y a beaucoup de Français la culture locale se franchouillardise, ce qui rend la ville plus accessible et donc facilite l'installation de nouveaux français? Je ne sais pas.

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