Mardi 23 Decembre 2008
Veloma
C'est marrant, parce que au début j'ai
cru que j'allais me plaire à Tana.
Les gens sont plutot
calme et reservés, ça me convient, j'ai justement horreur des
braillards. Ca m'arrangeait, parceque mon intention était de m'installer définitivement, j'avais (imprudement) jugé avoir atteint l'âge de me fixer et d'arrêter de jouer au pigeon voyageur.
Mais en fait j'ai rapidement trouvé ça
pénible cette manière merina de ne pas regarder son interlocuteur
dans les yeux, de ne pas poser les questions qui fâchent, de ne
jamais donner son avis, de ne jamais contester, de ne jamais râler,
de choisir systématiquement le consensus le plus mou quand il
faudrait trancher dans le vif au risque de mécontenter certains.
Cette manière aussi de vivre pour et par sa famille élargie, en
laissant le minimum de place pour le reste du monde.
Ce comportement s'appelle, plus ou moins, le
fihavanana.
C'est un concept flou qui se manifeste
sous différentes formes. Les réunions de famille du dimanche par
exemple, où tout le monde se force à sourire à en avoir des
crampes aux lèvres. Où tout le monde est censé venir, et tant pis
pour ceux qui ont envie d'aller voir ailleurs. Où l'escroc de la
famille, celui qui doit de l'argent à tout le monde, qui a engrossé
une cousine et vendu la voiture que son neveu lui a prêté, ne sera
jamais sermonné. Où on se dépêche de chanter tous ensemble, pour
se rapprocher de l'illusion rêvée d'un choeur uniforme.
On aime, ou on aime pas. Moi, j'aime pas. J'ai tout de même essayé pendant quelques années, mais non, ça ne passe pas.
Alors voilà, je suis rentré, j'ai lâché le morceau.
Pour différentes raisons, certaines très connes comme la pollution urbaine, mais tout de même principalement à cause de l'art de vivre merina, dont le fihavanana n'est qu'une facette. D'autres facettes sont agaçantes, comme le système de castes, le racisme anti-noirs anti-chinois anti karanas, la frime tapageuse des friqués, l'inexistence de bars ouverts le soir, la classe politique spoliatrice, le respect absolu de la hiérarchie et de l'ordre établi...
Et, aussi, la difficulté à se faire
des amis. J'ai constaté que quasiment tous mes amis malgaches sont
un peu spéciaux, ils ont passé du temps à l'étranger, et donc ils
ne se comportent pas tout à fait pareil. Les malgaches qui ne sont
jamais sortis de Tana sont moins abordables. D'ailleurs je connais
même des malgaches qui se plaignent d'avoir du mal à se faire des
amis!
Autour de moi je vois plein de français
qui n'ont carrément pas d'amis malgaches, et qui l'admettent plus ou
moins, c'est pas grave on peut vivre entre nous confortablement,
entre kudeta et mojo le soir, et entre Ste Marie et Ampefy le we. Moi
ça ne me convient pas (bon surtout c'est trop cher pour moi!).
Bien sûr il y a des contre-exemples,
des étrangers très sociables et très à l'aise à Tana (mais
attention ami lecteur, pas d'emballement au cas où tu citerais ton
exemple, je ne comptabilise pas les amis de ta femme
parmi tes amis).
C'est très bien, mais ce n'est pas mon cas, c'est bien sûr largement de ma faute, j'ai eu à Tana une vie sociale très limitée par rapport à l'ensemble de tout ce que j'ai
vu auparavant. J'ai même pas appris à parler malgache. J'ai donc décidé que j'avais intérêt à me barrer,
pour ne pas finir comme trop d'expatriés, alcoolique, aigri,
fatigué et enfermé dans un petit cercle de complices du même tonneau.
Quoique au final j'ai eu un mal de
chien à vraiment partir, je suis resté trop longtemps, je me suis
attaché à trop de monde. J'ai eu les larmes aux yeux pendant les
semaines précédant mon départ, et je vais les garder un petit
moment. Bien que j'aie autre chose à penser :
je me retrouve tout couillon sans boulot sans revenus et sans maison dans une
france qui affronte son pire automne depuis 20 ans, sa pire crise
depuis 70 ans, et son pire président depuis le précédent.
Ca tombe
mal.
Bon, on verra bien. Advienne que
pourrave.
Par kisifi, Mardi 23 Decembre 2008 à 15:49 GMT+2 dans mada





