madagascar

Constitution

La semaine passée il y avait un référendum sur la constitution malgache.

Il n’est pas facile de juger les événements politiques d’un pays comme Madagascar sur le chaud, par manque d’informations fiables, voire même par manque d’informations tout court, mais j’ai bien l’impression que ce scrutin figurera dans le Top 10 des plus grotesques pantalonnades électorales africaines de l’année 2007. Si je me trompe je m’excuse mais là on a eu droit à un joli festival de trucs louches, c’était carnaval.

La question posée était limpide, franche, sans ambiguité et d’une neutralité parfaite: "Acceptez-vous ce projet de révision de la Constitution pour le développement rapide et durable de chaque région, afin d’améliorer le niveau de vie des Malgaches ?".
Y a tout de même des rétrogrades qui ont choisi de voter Non. Ce sont probablement des bobos adeptes de la décroissance soutenable.

Le scrutin a eu lieu un jour ouvrable, le mercredi. Pourquoi? Mystère. Ca complique un peu l’organisation, ce mercredi a été déclaré férié mais en dehors des administrations et des entreprises du secteur "formel" bien entendu tout le monde a continué à travailler. En particulier dans beaucoup de villes et villages le marché se tient le mercredi et tant pis pour ceux venus de loin y vendre leur production, leur vote n'est pas utile.
La seule raison que j'aie entendue serait de ne pas troubler la messe dominicale, mais ca me parait un peu trop gros pour être vrai. Surtout qu’il y a plein de malgaches qui vont aussi à la messe en semaine.


Pour les élections présidentielles l'opposition souhaitait repousser le scrutin, et cela avait été refusé par le gouvernement avec un motif limpide : l'impossibilité d'organiser un vote pendant la saison des pluies. Pour le référendum l’opposition souhaitait également repousser le scrutin, mais la date a été imposée par le gouvernement, sans tenir compte de la saison des pluies.
En fait le vote a eu lieu le jour même du passage d'un cyclone. Pas un gros cyclone mais bon, tout de même de quoi donner aux électeurs concernés d'autres soucis que le bulletin de vote. De toutes manières les pluies de cette année ont sinistré des dizaines de milliers de foyers, détruit des cultures, coupés des routes etc, il aurait été relativement décent de ne pas prétendre faire appel au sens civique dans ces conditions.

La publicité pour le référendum part belle au Oui, avec des affiches "Eny" bleues collées partout. C'est même comme ca que j'ai appris comment on écrivait Oui en malgache, jusque là je n'avais jamais vraiment su comment on épelait ce "hanhon" informe mais très facile à comprendre. En revanche je savais écrire Non mais je n’ai pas vu d’affiche correspondant. En fait il parait que la campagne pour le Non était à la charge de l’opposition pendant que celle pour le Oui était à charge de l’état, mais c’est peut être de la médisance.
A la télé il y a eu aussi de belles publicités, des foules enthousiastes brandissant des banderoles pour le Oui. En fait il s'agissait d'images d'archives des meetings de Ravalomanana pour les présidentielles, avec les T-shirt "TIM" neufs sur le dos de tout le monde et un grotesque trucage parfaitement visible pour plaquer le "Oui" sur les pancartes, avec une synchronisation approximative, les lettres dansant bizarrement par rapport au reste de l'image. Pas de quoi fouetter un chat, toutes les publicités étant truquée de toutes manières. Mais d’habitude le trucage est réussi ! Il n’y a bien entendu aucune tentative de manipulation : le gouvernement souhaitait certainement utiliser des images authentiques. Un petit détail technique s’est cependant révélé contrariant : il n'y a eu nulle part foule enthousiaste pour fêter le Oui, par exemple le premier meeting du Oui dans le stade d’Antanimena a fait un bide phénoménal, malgré l’utilisation de recettes originales : distribution de traités constitutionnels T-shirts et intellectuels débattant publiquement des amendements concerts de chanteurs célèbres.

Les résultats ont été collectés à une vitesse fantastique, moins de quatre jours pour la quasi-totalité de l'île. C’est très fort, ca montre bien le prodigieux travail de réfection des routes réalisé par le gouvernement en place. Quand on pense que mon guide du routard daté de 2000 parlait de villages inaccessibles en moins de cinq jours pendant les pluies… c’est terminé, tout va très vite desormais.

Les premiers résultats ont annoncé un oui pas vraiment franc, dépassant le Non seulement de quelques %, et une abstention de presque 80%. Ensuite le central de collecte des résultats a connu une panne informatique (Origine : virus !!!), les journalistes et observateurs ont été prisé de sortir de la salle pendant quelques heures. A leur retour le taux d'abstention a commencé à fondre comme neige au soleil, pendant que le Oui gagnait glorieusement des sommets face à un Non embourbé.
L'explication officielle est simple, les premiers résultats concernaient les grandes villes, et ensuite on a eu les campagnes.
Le taux d'abstention a été plus fort en ville qu'à la campagne, c'est tout à fait normal et logique en cette période où tous les paysans sont très contents de patauger dans la gadoue jusqu'aux bureaux de vote alors que les citadins, fatalement gênés par les embouteillages, boudent les isoloirs.
Bon en fait j’en sais rien, peut être qu’effectivement on a plus voté dans les campagnes qu’à la ville, et plus pour le Oui. Et il est tout à fait anodin que les ordinateurs servant à comptabiliser les votes soient infectés par des virus, qui peu éviter ce fléau de nos jours ?
D’ailleurs il n’y a pas qu’en informatique qu’il y a des bugs, il y en a aussi dans le domaine de la logistique. Le jour du scrutin certains bureaux de vote n’avaient que des bulletins Oui en stock !!


Sur le fond la nouvelle constitution est présentée comme un outil nécessaire à la mise en œuvre du «Map», le projet de « développement rapide » du pays proposé par le gouvernement.
Dans ce cadre tous les obstacles bien connus au développement ont été supprimés :

- Le concept de laïcité a été évacué, c’est vrai que ca faisait baisser le PIB. C'est cependant plutôt logique pour un peuple très pieux muni d'un président qui a l'habitude de débuter les réunions du gouvernement par une séance de prière collective, et qui a déclaré une fois vouloir faire de Madagascar une "théocratie" (mais ses détracteurs on prétendu qu'il ne savait pas vraiment de quoi il parlait faute de correctement maîtriser le français)

- Le président peut désormais mettre en place des lois sans passer par le parlement, "en cas d'urgence". Ca devrait effectivement booster les choses. Les assemblées nationales c’est bon pour gérer le quotidien, les choses sérieuses doivent être prises en main par quelqu’un qui a une Vision, pas par de vulgaires politiciens élus dans des scrutins litigieux. La vraie volonté du vrai peuple sera enfin vraiment réalisée par son vrai mandataire vraiment élu.

- Dans le même esprit le découpage administratif a été remodelé, hop de 6 provinces on passe à 22 régions, ca supprime l’emmerdant problème des gouverneurs un peu trop puissants avec un territoire trop grand pour être gérable. L’unité de base du découpage, le Fokontany, gagnera en revanche en importance. Ca c’est bien, d’être un peu plus important. Et puis surtout : désormais c’est l’Etat qui payera les présidents de fokontany, à la place des communes. Ceci est présenté comme une mesure décentralisatrice, merci de ne pas rire. Personne n’est inquiet pour les présidents qui n’agiraient pas dans la ligne exacte du Parti au pouvoir, ce dernier, très fair-play, n’ayant jamais usé de restrictions budgétaires pour punir les communes qui votent mal. Si les routes sont pourries à Tamatave c’est que Roland Ratsiraka est un âne, point final.

- La langue anglaise devient une langue officielle, à coté du français et du malgache. C’est vrai que la raison principale du peu de relations commerciales avec le voisin Sud-Africain était probablement l’inexistence du Certificat de Résidence en anglais, une simple orientation des programmes scolaires pour privilégier cette langue ne pouvait pas suffire.

- Le président devra obligatoirement être de père et mère malgaches. Tout le monde convient en effet que c’est grâce à une disposition similaire du code électoral que la Cote d’Ivoire a connu le spectaculaire développement rapide des dernières années.



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