Mercredi 20 Decembre 2006
Dans le retroviseur
Par kisifi, Mercredi 20 Decembre 2006 à 09:52 GMT+2 dans mada
Dans un commentaire récent Riton a
raconté sa jeunesse :
"Je suis tombé récemment sur le
guide de l'automobile club de Madagascar des années 1970. On y découvre dans
ses pages un pays encore riche. Les publicités qui y abondent révèlent beaucoup
d'entreprises et d'infrastructures hôtelières, de commerces, d'usines...qui
sont pour beaucoup devenues ruines ou ont disparu dans la terre rouge. On y
parle de circuits avec des auberges accueillantes de ci de là, des routes, des
services publics dont les mérites sont évalués positivement."
Un autre commentateur, Bruno, a
trouvé ça un peu passéiste :
En revanche ce n'est pas forcément
de la "nostalgie colonialiste", je connais justement plein de malgaches
âgés qui regrettent de manière identique le Madagascar des années 60 tout en
n'ayant absolument aucun regret ni pour le système colonial, unanimement estimé
pernicieux dans son principe, ni pour les colons, jugés autoritaires,
spoliateurs et racistes dans trop de cas.
Je dois reconnaître qu'au début de
mon séjour j'avais du mal à croire tout ces discours sur l'opulence passée de
Madagascar. C'est qu'en France je suis tellement habitué à entendre la même
rengaine débile sur un supposé
"déclin" qui ne tient pas debout, par réflexe je ricane et je sors
des contre-exemples. Les contre-exemples sur le déclin malgache sont tout
trouvés, il y a un net progrès sur les infrastructures routières depuis 5-6 ans, les indices économiques standards comme le PIB
sont en augmentation constante depuis les trois dernières années, et le grand
nombre de voitures neuves dans les rues de Tana montre que des gens avec du
pognon, il y en a à Mada, et de plus en plus.
Mais en fait je me gourais complètement.
Riton et les autres vieux schnoks de sa génération ont raison, Avant C'était
Mieux.
Quand on débarque ça n'est pas
évident.
En particulier à cause des routes,
on voit bien qu'elle sont toutes neuves, avant de venir on a lu plein de récits
de voyages dramatiques sur des trajets de 3 jours pour faire 500km, alors en
bon naïf qui débarque on se dit "ah mais bon sang les choses avancent,
c'est Beaucoup Mieux Maintenant"
Ensuite le naïf s'achète une moto et
va se balader. Et là, surprise, quand on sort des grands axes fraîchement
goudronnées on tombe sur des routes défoncées. Je dit bien des routes, pas des
pistes : partout autour de Tana on distingue vaguement des vestiges de routes
goudronnées ou pavées, tout un réseau qui est désormais complètement foutu. Ca
fait drôle, on s'écarte de 30km de Tana on est
dans une brousse qui a l'air de vivre de la même manière depuis 500 ans,
et tout d'à coup on voit une plaque de goudron intacte dans la poussière, et on
réalise que les saloperies de cailloux qui jonchent la piste depuis le début ne
sont que les restes d'un enrobé qui a bien dû être neuf un jour. En regardant
mieux on aperçoit parfois un poteau téléphonique isolé, ou un réservoir d'eau
en ruine au sommet d'une colline : cette brousse a été un jour moderne et
équipée.
Donc, mea culpa je me plantais,
effectivement les ancêtres ont bel et bien des raisons de regretter le passé de
Mada. On ne peut voir du progrès que si on regarde à une échelle de 2-3 ans,
sur 50 ans Madagascar a en effet perdu des routes goudronnées ou pavées:
environ
En revanche l'avenir appartient à
Madagascar, et il est prévu de rattraper le retard très rapidement :
selon ce
doc de la banque mondiale "l'objectif [est] de presque
doubler la longueur des routes nationales bitumées à l'horizon 2008"
A part le réseau routier on peut
aussi regarder le PIB pour évaluer l'économie de Madagascar.
Là, formidable, il est en train de
remonter. Mais le problème c'est qu'il est aujourd'hui estimé... au même niveau
qu'avant la crise de 2002. Faut donc avoir la vue courte pour parler de progrès!
(De manière amusante on notera que
le PIB a progressé rapidement entre 97 et 2001, soit bien avant l'élection de
Ravalomana, et que la crise a tout flanqué par terre. Je dis ça, je ne dis
rien.)
Finalement, les 4*4 dans les rues de
Tana. C'est un signe de richesse. Pour ceux qui possèdent le 4*4. Pour les autres...
ben c'est à pleurer, les pauvres de Mada sont de plus en plus pauvres et les
riches de plus en plus riches. Le PIB c'est pas un truc qui se partage. Le
nombre de malgaches en dessous du seuil de pauvreté serait de 80% aujourd'hui,
contre 72% en 2001.
(Tiens au fait, 2001 c'était avant
l'élection de Ravalomanana. Bon, ok je la ferme j'y connais rien et ce type est
extraordinaire alors que ses prédécesseurs n'étaient que des ahuris. En fait je
suis un peu hypocrite sur ce point, car le chiffre de 80% de malgaches en
dessous du seuil de pauvreté est très discutable: mais bon, c'est le chiffre
officiel lâché par le gouvernement et repris par les journaux
. Je ferais un article
sur la manipulation des stats un de ces jours)
Bref, oui, si ça se trouve
effectivement avant c'etait mieux. Il y avait des voies ferrées et des routes
et un canal des pangalanes pas ensablé et des usines uniques dans l'océan
indien (verrerie par ex) et une université réputée etc etc. Tout est parti en
couille.
Ca m'empêche pas de continuer à être
d'accord avec Bruno, regardons l'avenir.
Qui ne saurait être autre que rose
pour Madagascar, parceque j'en ai envie.





