Lundi 22 Janvier 2007
Ong back
Par kisifi, Lundi 22 Janvier 2007 à 17:03 GMT+2 dans mada
Je l'ai
déjà expliqué, je suis très méfiant envers les ONG qui bossent en Afrique, et
tout spécialement celles qui s'occupent de faire évoluer le monde paysan.
Ca
fait
longtemps que j'ai cette opinion, acquise en Afrique de l'Ouest dans
des pays
qui sont parmi les plus pauvres du monde tout en accueillant le plus
grand
nombre d'ONG actives. En soi c'est globalement un constat d'échec, ca
fait 30 ans qu'on installe des pompes dans le sahel et il y a encore
des gens pour avoir soif. Au niveau
individuel j’ai rarement vu des projets qui tenaient vraiment la route,
et de
toutes manières ce sont toujours des micro-projets, jamais des
réalisations
d’envergure. De quoi soulager la conscience des donateurs qui
l’auraient
mauvaises, de quoi donner l'occasion de faire des rencontres
enrichissantes à quelques bénévoles, mais pas de quoi sauver la planète.
En plus
j'en ai rencontré pas mal des membres d'ONG,
dans l'ensemble ce sont de chic types agréables et dynamiques, dans
l'ensemble ils font des boulots rigolos qui leur permettent de visiter de
chouettes coins , dans l'ensemble ils ont un niveau de salaire très supérieur à
la moyenne, et dans l'ensemble aussi ils sont incapables de défendre leurs projets
plus de 5min si on leur pose des questions précises sur l'impact de leur
action. Généralement ça finit par des excuses vaseuses, c'est pas la faute de
l'ONG mais des bailleurs de fonds et puis surtout de ces ahuris de paysans qui
sont tout de même un peu con, bordel on leur explique comment faire mais pas
moyen ils sont bornés et ne veulent rien changer.
Bon jusque
là c'était juste une opinion de ma part, sans autres fondements que des
discussions informelles avec des membres
d'ONG et le simple constat de la disproportion entre les moyens affichés (gros
salaires, gros 4*4, pc portables récents etc etc) et les résultats (que dalle).
Hors je
viens de tomber par hasard sur cet article qui me donne du grain à moudre. Je vous invite à le lire, c'est très bien écrit, et instructif
sans être du tout technique. C'est un
mémo sur l'impact des ONG environnementales à Madagascar. Malgré que l'auteur
prétende ne pas"avoir pour objectif d'éreinter les ONG
environnementales", c'est assez saignant.
Quelques
extraits :
Les agents
des ONG sont les premiers conscients du peu de succès des groupements paysans,
de la lenteur des activités, et au total de la rareté des réalisations
effectives. Mais ils attribuent ces échecs à la paresse des paysans ou à leur
mentalité conservatrice, sans remettre en cause leur propre action
=> je
confirme! J'ai toujours entendu cet argument! La fameuse fainéantise des
paysans malgaches incapables de bosser pour leur avenir! Le moramora ! Le
poids des traditions !
Globalement,
le bilan des ONG pourrait donc être inquiétant pour la sécurité alimentaire de
la région, surtout en pays tanala
Partout
les paysans déplorent le manque de suivi et d'encadrement des ONG, qui lancent
des opérations de développement à tout va, sans se préoccuper de leurs
réalisations concrètes
Les ONG
travaillent donc davantage au rythme des bailleurs et non à celui de la société
paysanne.
Un truc
particulièrement rigolo c'est que l'auteur
reconnait que les ONG ont au moins un impact positif : l'émergence d'une classe
moyenne citadine, puisque les tombereaux de pognon déversé par les bailleurs de
fonds profitent essentiellement aux salariés des ONG :
Si
bien que dans l'ensemble, les acteurs du développement et de l'environnement à
Madagascar donnent l'impression de chercher moins à sauver les forêts ou les
hommes qu'à se sauver eux-mêmes, en perpétuant un système de transfert de
revenus dont ils sont les premiers bénéficiaires, et dont les paysans ne
retirent que les miettes
En même
temps, on pourrait me dire, critiquer les ONG c’est un peu facile et pas très
constructif, surtout de la part de quelqu’un comme moi bien assis dans mon
fauteuil au chaud devant le pc. Sauf qu’a mon avis il vaut mieux ne rien faire
plutôt que de mal le faire, et c’est tout l’objet de ma critique. Faire
cultiver des patates aux Betsileo c’est peut être une bonne idée si ça peur les
dissuader de défricher la forêt pour faire des rizieres, sauf que c'est un peu jouer à l'apprenti sorcier avec la vie des paysans concernés:
En 2003, encouragée par les
ONG, la production de pommes de terre dans le Betsileo a été telle que, faute
d'acheteurs et à cause de l'isolement de la région, la récolte n'a pu être
écoulée et a pourri sur place
Donc la solution est simple : faut
construire des routes pour écouler les patates. Ca va plaire à WWF, ça, de financer du goudron pour sauver la forêt.
Bon,
vraiment, lisez ce doc, il remet les choses en place avec plus d'élegance que je ne saurais le faire.
Bonne
lecture, année et soirée.





