madagascar

Errer humanum est

En français pour désigner un lieu  on a deux mots : « ici » (tout prés) et « là bas » (plus loin).

 

Pauvres de nous.

 

Le vocabulaire malgache est nettement plus sophistiqué, pour les mêmes notions on a les mots ety, aty, ato, eo, aroa, etsy, eroa, ery etc, il y en a 20 selon mon dictionnaire.

 

On distingue le proche, le lointain, le très lointain et l’indéterminé, mais aussi ce qui est visible au moment où on en parle et ce qui est invisible.

 

On peut cependant s’en tirer à bon compte avec seulement deux mots, « eto » (ici) et « any » (va voir ailleurs).

 

De toutes manières cette débauche d’adverbes ne doit pas cacher deux réalités très ennuyeuses :

1)      Il s’agit de notions très floues, en fonction du contexte « loin » peut vouloir dire « à 100 km » ou bien « à l’autre bout de la ville ».

2)      Lorqu’on demande une distance précise à un malgache la réponse est généralement totalement fantaisiste.

 

Le plus souvent ca donne ce genre de dialogue :

-   Bonjour madame, euh s’il vous plaît, c’est par où pour aller à l’institut Pasteur ?
-   Ah faut prendre par là puis à gauche, puis tout droit,  quand vous êtes à Betongolo vous tournez à gauche et c’est après les quatres chemins.

-  Gloups. Et, euh, c’est encore loin ?
-  Houlala, oui
-  re-gloups. Loin comment ??
-  ho ben, je dirais, hum, 1km200 .
-  Ah, ca va, je peux le faire à pied, merci beaucoup. 

 

Ensuite au bout de 3km de marche le piéton redemande à un autre autochtone qui lui répond que c’est « un peu loin , à 5km », ce qui signifie que tout va bien et que la destination se trouve à 800m. Il est possible qu’en cours de route quelqu’un lui ait donné la distance exacte, mais ca sera perdu au milieu d’une multitude de réponses incertaines.

 

Ces mésaventures récurrentes ne sont absolument pas un problème linguistique, d’ailleurs les réponses sont les mêmes qu’on parle en français ou en malgache. Il s’agit plutôt de différences culturelles.

 

Empiriquement il me semble avoir déterminé les règles suivantes :

-         Il ne faut JAMAIS demander une distance en km, sauf à tomber sur quelqu’un qui a l’habitude de lire des cartes géographique, chose relativement peu courante à Madagascar.

-         « Loin » signifie que ca va prendre pas mal de temps pour y arriver, quelque soit le contexte. Si la personne rajoute « c’est à 100m » n’en tenez surtout pas compte.

-         « Un peu loin » signifie que c’est tout proche. A ne pas confondre avec « un peu de temps » dans l’expression « ca va prendre un peu de temps », qui est clairement une manière polie de vous dire qu’il va falloir être patient.

-         Le « C’est tout près » n’existe pas. Au mieux vous obtiendrez un « C’est ici !» une fois arrivé à destination.

-         Le « Je ne sais pas » est assez courant, c’est pas comme en France où les gens ont toujours un avis sur tout. 

 

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Kung Fu

Le 24 Août prochain aura lieu le Congrès national de la fédération malgache de Kung-fu.

Vous-vous en (kung) foutez ? Moi aussi.
Il est toutefois intéressant de faire un petit retour en arrière : pendant longtemps, le kung fu a été interdit à Madagascar ! Cette particularité folklorique ne venait pas d’un fady décrété par un ancêtre qui se serait pris un pain de la part d’un immigrant chinois venu de Shaolin, mais d’une stupide et sanglante embrouille politique de l’ère Ratsiraka.

Les faits, épiques, remontent aux années 80. (J’y étais pas, je ne fait que répéter ce qu’on en dit, donc n’hésitez pas à signaler les erreurs, je corrigerais dans le texte.)

Il se trouve qu’à cette période, pour des raisons que je ne connais pas, les clubs de kung-fu étaient des foyers de propagande anti-gouvernementale.

Ratsiraka pris donc la décision, en Aout 1984, d’interdire la pratique du kung-fu, avec comme justification foireuse de réduire la violence urbaine. L’interdiction de tout sport de combat aurait fait moins louche, mais bon.
Cette interdiction dégénéra en bagarre monstrueuse, plusieurs centaines de membres des clubs interdits incendiant un bâtiment du ministère des sports, avant d’attaquer l’hôtel de police (j’imagine la tête des flics, assaillis par quatre ou cinq cent Jacky Chan en furie !).

Hors à l’époque l’AREMA, le parti de Ratsiraka, s’était muni d’une milice violente, les « TTS », « Tanora Tonga Saina » (traduction incertaine : « jeunes qui connaissent leurs responsabilités »). Les TTS, issus de la jeunesse désœuvrée, servaient essentiellement à intimider l’opposition, à coups de bâtons, couteaux et menus revolvers subventionnés gracieusement par l’état.

Les TTS se retrouvèrent donc en première ligne face aux manifestations des Kung Fu, eux-mêmes largement issus de la jeunesse désœuvrée (mais pas des mêmes quartiers).

Et après quelques semaines de chaudes bastons dans Tana arriva la confrontation finale : les Kung Fu attaquèrent le QG des TTS, situé près de la gare, à Pochard. Un massacre, dans lequel les forces de l’ordre se gardèrent d’intervenir : finalement ca les arrangeaient bien, car les TTS commençaient à devenir encombrants, passant lentement du rôle de briseurs de grèves à celui de gangsters racketteurs. Les mauvaises langues prétendent que tout était calculé et que le gouvernement manigança lui-même cet assaut, hop d’une pierre deux coups on se débarrasse de deux gêneurs. Les gendarmes et policiers se contentèrent en tout cas de circonscrire le champ de bataille pour éviter qu’il ne se propage à toute la ville, et les deux parties purent tranquillement se mettre sur la gueule. Officiellement il y eu 28 morts, entre 50 et plus de 100 selon Amnesty international.

Ce sévère carnage n’était cependant qu’un prélude : l’année suivante le gouvernement se décida à attaquer les locaux d’un des clubs de kung fu, celui tenu par Pierre Be, une figure de l’opposition. Le gouvernement utilisa la police, la gendarmerie et l’armée de terre, n’hésitant pas à carrément envoyer les véhicules blindés… bon faut dire qu’il ne s’agissait pas d’un kung fu gentil genre duels de karaté avec victoire accordées aux points comme on voit aux Jeux des Iles , quelques armes à feu trainaient dans les locaux des assaillis. De nouveau il y eu des dizaines de morts, en particulier le Pierre Be en question, et une gigantesque rafle qui envoya quelques centaines d’opposants en prison. La plupart furent relâchés peu après, les plus virulents restèrent en prison jusqu’en 88 où eu lieu un gigantesque procès collectif.

Aujourd’hui tout cela appartient clairement au passé puisque la Fédération de Kung Fu peut se rassembler, sans que le gouvernement actuel se sente en danger. Anecdotiquement et parceque les coïncidences de vocabulaire m’amusent, on peut noter que le maire de Tamatave Roland Ratsiraka a créé une formation politique nommé TTS, pour Toamasina Tonga Saina (maintenant nommé MTS, pour Malagasy Tonga Saina)

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C'est vrai que c'était trop facile

Midi Madagascar :

Le chef du gouvernement et ministre de l'intérieur a révélé vendredi à Morondava que l'Etat a suspendu l'octroi de la nationalité malagasy aux enfants des couples mixtes et plus particulièrement aux enfants métis issus d'une mère malgache et d'un père étranger. Et aussi aux étrangers mariés civilement à des femmes malgaches.

Dans un second temps il sera logique de déchoir de  la nationalité malgaches les métis qui l'ont déjà, avant de carrément interdire les unions mixtes pour régler le problème une bonne foi pour toute.



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