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L'escalier d'Antsahavola

Le centre de Tana est bati sur des collines. Pour un étranger c’est un calvaire de se repérer et de trouver son chemin, les rues tournent dans tous les sens de manière imprévisible. Un peu comme un sentier de montagne qui fait des crochets pour ne pas monter trop raide. La ville est cependant truffée d’escaliers qui offrent des raccourcis très rapides. Ces escaliers sont souvent difficiles à repérer pour quelqu’un qui vient d’arriver. Surtout que quand on habite ici on est tellement habitués à les utiliser qu’on pense rarement à les indiquer, et puis il faut avouer que ca fait toujours bien rire de voir un newbie faire un détour de 2 km pour aller de Isoraka à Ampefiloha alors qu’il y a un escalier de 200m qui permet de couper.

 

Aujourd’hui je vous invite à visiter un de ces escaliers, une  petite promenade dans l’escalier d’Antsahavola, plutôt pittoresque dans son genre.

 

On va partir d’en bas, dans la belle rue bordée de palmiers. Pour une fois je ne suis  pas cynique, c’est réellement une belle rue, avec des magnifiques palmiers de 20 m de haut qui ont de la gueule, genre Parthenon, des colonnes toutes droites impeccables, ca c’est des arbres qui savent se tenir dignement, rien à voir avec les minables cocotiers tordus avachis en bord de mer. Attention tout de même les jours de vent, parcequ’une feuille de palmier qui tombe de 20 mètres ca fait un sacré bordel. Les plus petites font bien 3 m de long et au  moins 20 kg, la tige est grosse comme mon bras et dure comme ma tête, et le tout fait un bruit de ferraille en touchant le sol.

Bref c’est très joli, et ca s’accorde bien avec la mignonne rue pavée. Qui est inondable par temps d’orage, toute l’eau de la colline au dessus passe par là, ca se transforme en large torrent de bien  30cm de haut, ce qui rend la rue assez dangereuse : attention à ne pas vous faire assommer par une feuille arrachée par l’orage, vous finiriez noyé, le courant vous recrachera sur le trottoir un peu plus loin aux pieds des tapineuses de tsaralalana (autre lieu pittoresque, on visitera ca une autre fois).

 

Au bout de la rue  il y a une petite place tranquille, sur laquelle on imaginerait bien une terrasse de café. Malheureusement elle est squattée par une douzaine de vigiles, des plots oranges pour guider les voitures, une solide barrière rouge et blanche, un espèce de pan de rue basculant genre protection anti panzer, trois ou quatre policiers armés de kalachikov, une guérite verte etc ;  et si vous voulez avancer plus loin en voiture il faudra attendre que les vigiles examinent votre moteur et votre coffre, qu’ils passent un miroir entre les roues voir ce que vous cachez là-dessous, que l’un d’entre eux touche chaque extrémité de la voiture avec un tampon blanc détecteur d’explosifs, qu’un autre soulève la barrière, qu’un troisième rabaisse le plan incliné anti-kamikaze et vous aurez le droit d’aller plus loin. C’est pas un check point de cisjordanie mais ils font beaucoup d’efforts pour que ca y ressemble.

Bon vous vous en foutez, ca n’emmerde que les rares voitures qui voudraient entrer, vous vous passez à pied pour rejoindre l’escalier, 100m plus loin. Notez au passage la maison blanche à gauche, on dirait une villa tranquille mais c’est un hôtel de passe.

D’autres vigiles surveillent le bas de l’escalier, ainsi que au moins 3 caméras. Ils laissent cependant quelques vendeurs de souvenirs camper en face, près du restaurant italien et ils feraient bien de se méfier, parcequ’il n’y a rien de mieux qu’une vali pour planquer un bazooka.

Vous allez donc monter l’escalier, avec à votre gauche quelques beaux spécimens de végétation tropicale luxuriante, et à droite le mur nu et froid de l’ambassade des USA. Mur que  vous ne pourrez même pas toucher puisque la moitié droite de l’escalier est interdite à la circulation, défendue par une barrière et un vigile superbement moustachu qui a vraiment l’air de s’emmerder.

Un peu plus haut vous débouchez dans une petite rue, avec de nouveaux quelques policiers munis de carabines hétéroclites. Ca serait le moment de reprendre son souffle en s’arrêtant pour admirer la face de cette ambassade, sauf que c’est interdit : si vous restez plus de 5 secondes sans marcher un vigile va venir vous expliquer que c’est pas un endroit autorisé aux fainéants et aux asthmatiques, circulez s’il vous plait monsieur il est interdit de ne pas marcher, non non interdit de s’asseoir aussi. (il le dit très courtoisement et avec une gêne très perceptible, à mon avis si y avait pas un sergent des marines planqué derrière la caméra à tout surveiller ca le gênerait pas de laisser les gens souffler). En même temps elle est pas bien jolie cette ambassade, c’est juste un bloc de béton de quelques étages, tout lisse et peint en blanc, avec des fenêtres si sévèrement grillagées qu’on ne voit même pas si la lumière est allumée à l’intérieur. C’est déprimant à regarder, et encore plus déprimant d’imaginer que des gratte-papier passent leur journée derrière.

 

Bon, donc, le souffle court vous reprenez votre ascension. Depuis peu les bords de cette escalier ont été agrémenté de solides grilles avec des pointes recourbées au sommet, innovation plutôt étonnante  quand on constate que ces grilles ne protègent rien d’autre que le caniveau. Peut être qu’ils ont peut d’une attaque à la boule de bowling, hop on en balance une douzaine dans le caniveau et ca les propulse droit sur l’ambassade, 50 m plus bas?

Bref, l’escalier  monte monte  monte, c’est fatiguant mais l’avantage c’est que derrière vous le paysage se dévoile, on commence à voir les montagnes hors de la ville. C’est pile poil dans l’axe du coucher de soleil et pour tout dire tant mieux, parceque depuis les palmiers y a pas eu grand-chose de joli à contempler. Arrivé au sommet de l’escalier cependant touriste ne te réjouit pas, tu ne pourras pas augmenter ta collection de diapos surexposées d’un nouveau chef-d’œuvre : un panneau déplaisant indique clairement qu’il est interdit de prendre des photos. Ca fait pas très longtemps que le panneau d’interdiction est apparu, depuis la mise en place des grillages je crois. C’est surement  une histoire de secret industriel sur ce modèle de grille à pointes recourbées.

 

 

L’avantage de toutes ces mesures paranoïaques, c’est que le quartier de l’ambassade américaine est  très, très calme et sûr. Les abords de l’ambassade de france, toute proche, sont nettement plus bordéliques, la nuit en cette saison les putes allument des feux pour se réchauffer juste en face des entrées. On reconnaît bien là le génie propre à chaque nation.

Vos commentaires

1 Le Lundi 6 Aout 2007 à 14:15 GMT+2, par Riton

Ca fait plaisir de vous retrouver après un long silence. Il est vrai que cet escalier est fatiguant à monter et que cela a pu vous prendre un certain temps.

Pour ma part j'aurais ajouté une petite note sur les "parfums" qu'exhalent ces lieux,. Ce n'est pas une exclusivité, mais c'est quand même un endroit où la concentration en "substance organiques d'origine humaine" est garantie, même si on la détecte avec un nez moins fin en saison sèche qu'en saison des pluies.

Et puis aussi une mention aux mendiants résidants, assis sur les marches, et qui viennent couper le pas titubant que vous avez en fin de parcours quand, triomphant des effluves et du soleil de plomb, vous atteignez...la "chocolaterie Robert " d'un de vos précédents posts.

Mais voilà que je vais persuader les gens de faire le détour. Ce serait vraiment dommage!

2 Le Mercredi 8 Aout 2007 à 19:10 GMT+2, par Bacalan

Salama,
personnellement, il m'arrive de prendre cet escalier pour descendre,pas fou !!
A mentionner également les énormes "bittes" empêchant les chars d'assaut d'emprunter le passage !! Mais aux derniéres nouvelles et sauf erreur, l'ambassade doit déménager vers Talatamaty.
A+

3 Le Lundi 20 Aout 2007 à 11:03 GMT+2, par kisifi

Riton, je n'avais jamais remarqué que ca puait dans cet escalier. En même temps il est difficile de conserver son odorat à Tana, entre la pollution et les rhumes cycliques il y a peu de place pour les vastes narines vazahas.

Ceci dit : c'est peut être pour ca que les caniveaux sont maintenant défendus par des grillages? Car auparavant à la premiere pluies toutes les merdes accumulées en saison séche devaient dévaler le caniveau avant de s'entasser devant l'entrée de l'ambassade!

4 Le Dimanche 26 Aout 2007 à 23:59 GMT+2, par RAFA

excellent topic ,il est vrai que cet escalier m 'en a fait voir de toutes les couleurs ..on se sent très proche d'un film d'espionnage mais les odeurs rapellent vite à la réalité de TANA CAPITALE

dans la rue des ambassades ,les vigiles vous sauteront dessus à la moiindre tentative de prise de photo (expèrience vécue)

un peti mot juste pour vous dire qu 'un petit hotel pour vazahas ,derrière le "check point de cisjordanie ", appelé le " shangaï hotel" est un havre de paix pour les voyageurs venant de loin découvrir ce merveilleux et authentique pays qu'est Madagascar

veloma

rafa

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