Je l'ai
déjà expliqué, je suis très méfiant envers les ONG qui bossent en Afrique, et
tout spécialement celles qui s'occupent de faire évoluer le monde paysan.
Ca
fait
longtemps que j'ai cette opinion, acquise en Afrique de l'Ouest dans
des pays
qui sont parmi les plus pauvres du monde tout en accueillant le plus
grand
nombre d'ONG actives. En soi c'est globalement un constat d'échec, ca
fait 30 ans qu'on installe des pompes dans le sahel et il y a encore
des gens pour avoir soif. Au niveau
individuel j’ai rarement vu des projets qui tenaient vraiment la route,
et de
toutes manières ce sont toujours des micro-projets, jamais des
réalisations
d’envergure. De quoi soulager la conscience des donateurs qui
l’auraient
mauvaises, de quoi donner l'occasion de faire des rencontres
enrichissantes à quelques bénévoles, mais pas de quoi sauver la planète.
En plus
j'en ai rencontré pas mal des membres d'ONG,
dans l'ensemble ce sont de chic types agréables et dynamiques, dans
l'ensemble ils font des boulots rigolos qui leur permettent de visiter de
chouettes coins , dans l'ensemble ils ont un niveau de salaire très supérieur à
la moyenne, et dans l'ensemble aussi ils sont incapables de défendre leurs projets
plus de 5min si on leur pose des questions précises sur l'impact de leur
action. Généralement ça finit par des excuses vaseuses, c'est pas la faute de
l'ONG mais des bailleurs de fonds et puis surtout de ces ahuris de paysans qui
sont tout de même un peu con, bordel on leur explique comment faire mais pas
moyen ils sont bornés et ne veulent rien changer.
Bon jusque
là c'était juste une opinion de ma part, sans autres fondements que des
discussions informelles avec des membres
d'ONG et le simple constat de la disproportion entre les moyens affichés (gros
salaires, gros 4*4, pc portables récents etc etc) et les résultats (que dalle).
Hors je
viens de tomber par hasard sur cet article qui me donne du grain à moudre. Je vous invite à le lire, c'est très bien écrit, et instructif
sans être du tout technique. C'est un
mémo sur l'impact des ONG environnementales à Madagascar. Malgré que l'auteur
prétende ne pas"avoir pour objectif d'éreinter les ONG
environnementales", c'est assez saignant.
Quelques
extraits :
Les agents
des ONG sont les premiers conscients du peu de succès des groupements paysans,
de la lenteur des activités, et au total de la rareté des réalisations
effectives. Mais ils attribuent ces échecs à la paresse des paysans ou à leur
mentalité conservatrice, sans remettre en cause leur propre action
=> je
confirme! J'ai toujours entendu cet argument! La fameuse fainéantise des
paysans malgaches incapables de bosser pour leur avenir! Le moramora ! Le
poids des traditions !
Globalement,
le bilan des ONG pourrait donc être inquiétant pour la sécurité alimentaire de
la région, surtout en pays tanala
Eh ouais, sauver la forêt c'est une chose, sauver les hommes une autre. Et c'est pas forcément compatible.
Partout
les paysans déplorent le manque de suivi et d'encadrement des ONG, qui lancent
des opérations de développement à tout va, sans se préoccuper de leurs
réalisations concrètes
Les ONG
travaillent donc davantage au rythme des bailleurs et non à celui de la société
paysanne.
LE
point qui m'a toujours ecoeuré. Les ONGs travaillent trop souvent sur
un principe qui s'apparente à celui d'un bureau d'étude qui serait sur
un marché concurrentiel où l'important est l'aggressivité commerciale
pour decrocher des ficancements. Il ne faut pas se tromper,
les clients des ONGs ce sont les bailleurs de fonds, pas les paysans.
Dans cette optique le succés du projet passe au second plan, la
différence entre un projet reussi et un projet raté étant assez légére
une fois transformé en plaquette marketing à destination des bailleurs.
Par contre plus une plaquette marketing contient de projets et plus ca
impressionne et plus ca permet de decrocher des financements. Même
chose avec le cv des "travailleurs humanitaires", plus il est long plus
c'est bon.
Un truc
particulièrement rigolo c'est que l'auteur
reconnait que les ONG ont au moins un impact positif : l'émergence d'une classe
moyenne citadine, puisque les tombereaux de pognon déversé par les bailleurs de
fonds profitent essentiellement aux salariés des ONG :
Si
bien que dans l'ensemble, les acteurs du développement et de l'environnement à
Madagascar donnent l'impression de chercher moins à sauver les forêts ou les
hommes qu'à se sauver eux-mêmes, en perpétuant un système de transfert de
revenus dont ils sont les premiers bénéficiaires, et dont les paysans ne
retirent que les miettes
En même
temps, on pourrait me dire, critiquer les ONG c’est un peu facile et pas très
constructif, surtout de la part de quelqu’un comme moi bien assis dans mon
fauteuil au chaud devant le pc. Sauf qu’a mon avis il vaut mieux ne rien faire
plutôt que de mal le faire, et c’est tout l’objet de ma critique. Faire
cultiver des patates aux Betsileo c’est peut être une bonne idée si ça peur les
dissuader de défricher la forêt pour faire des rizieres, sauf que c'est un peu jouer à l'apprenti sorcier avec la vie des paysans concernés:
En 2003, encouragée par les
ONG, la production de pommes de terre dans le Betsileo a été telle que, faute
d'acheteurs et à cause de l'isolement de la région, la récolte n'a pu être
écoulée et a pourri sur place
Donc la solution est simple : faut
construire des routes pour écouler les patates. Ca va plaire à WWF, ça, de financer du goudron pour sauver la forêt.
Bon,
vraiment, lisez ce doc, il remet les choses en place avec plus d'élegance que je ne saurais le faire.
Bonne
lecture, année et soirée.
Par kisifi, Lundi 22 Janvier 2007 à 17:03 GMT+2 dans mada (article, RSS)
Vos commentaires
Le Lundi 22 Janvier 2007 à 22:52 GMT+2, par Riton
Merci beaucoup à toi d'avoir mis en exergue cet article de Sophie Moreau. J'y ai, avec un certain bonheur masochiste, retrouvé mes propres tourments et mes questionnements divers sur la méthodologie à employer dans ce contexte de l'aide. Mais là il ne s'agissait plus du regard myope de l'homme de terrain que je suis, mais du point de vue reculé d'une anthropologue ce qui m'a permis de réaliser beaucoup d'aspects que je ne percevais que d'une façon plus ou moins inconsciente.
Je suis un chercheur scientifique, enraciné depuis l'enfance dans cette boue rouge et qui, en fin de course, tente de transférer un peu de notre technicité du Nord pour aider les gens d'ici à avoir une plus grosse part dans le gateau mondial.
Je ne suis guidé que par l'humanisme et l'idéalisme (je sais, c'est démodé). Je n'ai aucun intérêt personnel à l'affaire, pas de comptes à rendre et donc on pourrait penser que mon rôle est plus simple à exécuter que celui d'une ONG. Mais je tombe moi aussi depuis toujours sur ce divorce entre l'échelle 'globale' où se conçoivent et peuvent se trouver les financements de mes actions, et l'échelle locale où elles se réalisent. En passant de l'une à l'autre on a l'impression de changer de réalité.
C'est comme si on regardait d'abord un caillou à l'échelle du centimètre, dans le cadre de la bonne vielle mécanique newtonnienne, puis qu'on avait à le considérer ensuite à l'échelle du nanomètre, dans l'univers abscond de la mécanique quantique. C'est la même réalité mais rien ne semble les rejoindre.
Ce que tu décris est, je crois, un problème d'interface, à la brisure énorme entre deux mondes disjoints. Les problèmes environnementaux et de développement concernent la planète dans son intégralité. La solution (très irréaliste!) serait dans la cohabitation, le partage, la concertation...mais il faudrait pour cela renoncer à notre différence de richesse. Comment pourrait-on un instant songer abandonner volontairement tout ce dont on nous répète, pluri-quotidiennement, le caractère indispensable (grosse baraque, bagnole étincelante, téléphone dernier modèle, téloche extra plate,...etc)?. Et tout cela pour que des gens qu'on ne connaît même pas ne vivent plus dans la misère !
"Non, il vaut mieux envoyer quelques illuminés faire des trous dans le Sahel ou planter des rutabagas dans un coin improbable où on ne bouffe que du riz...ça fera l'affaire un moment et ça va les promener."
Je fais l'âne, d'accord, mais en n'étant guère convaincu d'être éloigné d'une réalité objective. Ce qui m'attriste puisqu'elle porte en corollaire que ce partage indispensable ne sera obtenu, ou empêché, que par la violence.
A vos fusils, donc, et Bonne Année!
Le Mardi 23 Janvier 2007 à 16:09 GMT+2, par Alinoe
La reprise a été difficile ?! Il y en a qui attendaient depuis longtemps la suite de tes aventures ! Pour le coup... rien à voir avec les aventures de Tintin :-)) n'en déplaise à certains ! C'est toujours un plaisir de te lire.
J'imagine qu'il existe quand même des ONG correctes ? Celles qu'on ne voit pas trop, justement parcequ'elles n'ont pas de gros 4x4 ? Si ce n'est pas le cas, il ne reste qu'à trouver les idées histoire de s'aérer le PC, comme tu n'en manques pas...
Bonne année
Ps : deux commentaires par mois ce serait chouette pour les lecteurs
Le Mardi 23 Janvier 2007 à 16:57 GMT+2, par madascar
ouais j'ai été un peu debordé ces derniers temps. Deso, même pas pris le temps de trop répondre aux mails. En plus internet marche encore plus mal quand il pleut, et ce début d'année a été severement humide à Tana.
Les 4*4 c'est une image, toutes les ONGs n'en n'ont pas bien sur.
Il y a des tas de gens qui bossent modestement et discretement.
Le problème forcément c'est qu''ils ont des resultats modestes et discret!! Y a des exception lumineuses, style Mere Theresa. En general ca se limite à du caritatif d'urgence, dès qu'il y a le mot "developpement" dans les objectifs c'est une autre logique.
C'est quoi ton histoire de commentaires bimensuels?
Le Mardi 23 Janvier 2007 à 17:51 GMT+2, par Alinoe
Ben je lis régulièrement ce blog, et depuis le 2 janvier j'attendais !!! Donc je me disais que 2 articles par mois c'est un rythme sympa pour tes lecteurs si tu arrrives à le tenir !
Alinoe
Le Vendredi 6 Juillet 2007 à 18:22 GMT+2, par rotsaka
Bonjour
J aime le ton, j aime le fond et aussi j aime bien le style fa, parce qu'il y a un fa, je suis pas tt a fait d accord avec l avis tranché sur les ONG, en gros je dirai : faut pas mettre tt le monde dans le meme panier.
J ai travaillé dans le betsileo, en essayant de developper le SRI, en montant des greniers communs villageois (GCV dans le jargon) etc etc, un budget de 15 000 euros, un vieux Rocky DX et du personnel mal payé (un ingénieur moins bien payé que les chauffeurs du PNUD). Mais on a eu des résultats concrets, on a eu des echecs, il ne m est jamais venu a l idée d en imputer la faute aux paysans.
Les impacts des institutions de micro finance sur le devpt par exemple CECAM ou TIAVO ne sont plus a demontrer, avec des effets macro et pas seulement micro.
Les ONG peuvent aussi avoir un role simplement moteur en initiant, en proposant des methodes etc... reste que l Etat doit jouer son role pour le demultiplier. Sur que les ONG ne sauveront pas Dago. Au Vietnam ou j ai bossé aussi, ca se passait comme cela, les idées qui marchaient, l Etat les reprenait et les vulgarisait ou les les financait, resultat : il suffit de passer dans le delta du fleuve rouge pour le constater.
Ici au Mali, installation de vetos qui assurent la couverture sanitaire de centaines de milliers de personnes, installation de laiteries (pas de don, des crédits et de l appui), il me semble que cela a des impacts concrets et parfois assez larges malgré la faiblesse du financement. Cette fois j ai un Hilux avec la clim, le progres, un beau portable aussi c est vrai, Salaire : un gros SMIC net d impot mais ma femme ne trouvera jamais de taf, pas la folie, mais est ce vraiment l essentiel ? Des emplois créée au niveau des laiteries et des vétos, des éleveurs qui écoulent leurs produits et qui sécurisent leur revenu, j ai l impudence de m en contenter.
ONG : cible facile, y a du bon grain et de l ivraie et trop souvent le bébé est jeté avec l eau du bain, dommage. Ne faudrait il pas plus aller regarder du coté des institutions multi latérales (Banque Mondiale, PNUD...), des projets bilatéraux (type AFD, USAID...), des instituts de recherche type CIRAD IRD qui courent les financements avec bien peu de concret bref tt ceux qui se gavent en parlant bcp et en faisant bien peu : on analyse, pas le temps d agir. Pour info, salaire gars du PAM qui debute 6000 euros, pour qqu un qui ytravaille contre la faim, sur que lui il a ^pas a se plaindre.
PNUD (pres de 15 000 e pour un directeur de région), IRD, CIRAD meme chose et pas de fonds pour investir sur le terrain.
Jamais vu cela en ONG (francaise), et au final plus de résultats des ONG. Quand les petits font plus que les gros, pour moins cher et qu ils s en prennent plein la face, pas tjrs facile a comprendre.
Le Vendredi 6 Juillet 2007 à 19:26 GMT+2, par Bacalan
Bien sur rien n'est blanc ou noir, tout est merdique !!
Toutes les ONG ne sont pas à blâmer, certes. Mais peut-on m'expliquer pourquoi il faut un 4x4 rutilant à 600 millions Fmg (2000 fois le smic local !!!) pour aller du bureau au ministère, et de la salle de gym à sa villa surgardée ?? Pôv 4x4 qui ne verra jamais une piste !
Le Lundi 9 Juillet 2007 à 13:00 GMT+2, par rotsaka
Bonjour
Si c est du bureau au ministere ou autre, etes vous sur de parler d ONG ???
Trop souvent, les ONG sont associées aux projets de coopération ou aux partenaires multilatéraux et cela n a rien a voir. Dans un cas, des salaries ou volontaires d ONG, dans d autres des fonctionnaires internationaux ou des consultants payés comme des ministres.
Faut pas mélanger, tt ca n a rien a voir.
Le Lundi 9 Juillet 2007 à 14:02 GMT+2, par madagascar
Oui c'est vrai qu'il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Ca serait franchement malhonnête de faire un amalgame avec des structures sans aucuns points communs comme le PAM, le WWF, le Pere Pedro, l’AFVP, la coopération française ou des associations microscopique du style Echanges Afrique-Ecole Jule Ferry. Désolé pour toutes les personnes sincères, compétentes et de bonne volonté qui se sentiraient blessées par mon article, et il est surement nécessaire d’enfoncer le clou : des gens qui font du bon boulot avec un rapport financement/résultats correct, il y en a, j’en ai rencontré quelques uns.
Cependant je doute que qui que ce soit de sincère ne puisse pas comprendre exactement de quel problème je veux parler... Ca me parait impossible de venir bosser en Afrique et ne pas constater qu'il y a beaucoup d'air et d'argent brassés pour rien dans le domaine du développement, et pas seulement par les grosses institutions étatiques. Surtout que les ONGs « indépendantes » qui travaillent sur le terrain sont très fréquemment alimentées financièrement par ces fameuses institutions multilatérales.
Je recommande d’aller faire un tour au Mojo à Tana un samedi soir pour se faire une petite idée du désastre : on y rencontre de tout, depuis les dirigeants de l’USAID jusqu’aux « bénévoles » ou « stagiaires » venus passer 3 mois sur un projet de construction de dispensaire à ambohafouillis-les oies, bénévoles qui se révèlent très systématiquement avoir des « indemnisations » supérieures à mon salaire personnel de cadre dans le privé. Ca m’énerve, mais je reconnais que je suis du genre jaloux, mesquin et mal payé. D’autant que, je le répète, il suffit de discuter 5minutes pour que tous admettent que les projets qu’ils gèrent ont peu d’impact.
Evidement il s’agit de la partie émergée de l’iceberg, les vrais bosseurs sont en brousse, les vrais bénévoles n’ont pas les moyens de payer la bière plus chere juste pour être sûr de ne discuter qu’avec des vahiny. C’est tout l’intérêt de lire des études comme celle de Sophie Moreau, chercheuse qui en principe a pris le soin d’étudier le phénomène autrement que depuis un comptoir de Tana.
Le Lundi 9 Juillet 2007 à 17:10 GMT+2, par rotsaka
Bonjour
Pour continuer sur les salaires et retributions en ONG,
Je ne sais pas combien tu gagnes ni pour qui tu bosses dans le privé ni de quel ONG tu parles pour gagner moins qu un volontaire ou un salarié ONG et cela ne me regarde pas d'ailleurs.
Quant a moi, a Mada je gagnais 600 euros avec ma femme et mon enfant. Ca suffit mais c est tt de meme pas Byzance. Avec l expé, les salaires augmentent comme dans tt métier mais cela n atteint pas du tt les niveaux que je pourrai espérer dans le privé (cf mes potes de promo).
En outre l ONG c est le comble du liberalisme pour ce qui concerne le droit du travail : CDD a vie, pas de statut bien clair, femme qui doit te suivre sans taf et adaptations pas evidents a des contextes nouveaux tres rapidement, si pas de projet licenciement direct ou non renouvellement de contrat... Evidemment on l a choisi et je ne me plains pas mais franchement je ne crois pas que ce soit un statut si privilégié que cela, je ne sais pas de quoi demain sera fait et je ne suis pas certain que bcp de monde accepterait cela longtemps. Ma fille en souffre pas mal puisqu on bouge souvent et je ne suis pas riche et ma retraite est loin d etre assurée.
Bien loin du statut de fonctionnaire international UE ou BM ou FAO ou PAM ou du statut des assistants techniques ou CIRAD IRD : payes mirobolantes et sécurité de l emploi (pour ceux qui ne sont pas contractuels).
Bref tt le monde peut facilement s aigrir, se jalouser, envier mais c est sans fin, y a mieux, y a moins bien.
En outre pourquoi bcp d institutions multilatérales ou de coopérations bilatérales passent par les ONG : parce que le projet revient moins cher et c est plus efficace
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 08:45 GMT+2, par l'ancien
uh ! uh! uh! il y a une ONG qui ose porter le nom de Jules Ferry, le plus grand chantre de la colonisation et de la "lumière apportée aux masses indigènes" ?!
C'est peut être cela qui est le plus navrant avec les ONG (par delà l'absence d'obligation de résultat, tellement facilitée par le fait que les "clients" ne sont pas les payeurs, qui sont, eux, fort loin et considèrent leur paiement comme fonds perdus...), c'est le niveau des intervenants...
Quand on voit de jeune bitos avec trois poils sur le menton, aucune expérience de la vie et n'ayant jamais travaillé, se donner pour mission de sauver des humains, noble tâche s'il en est, on se dit que la bonne volonté ne compensera jamais la compétence et l'expérience. Franchement, même si c'est de bonne foi, quelle suffisance, quelle prétention, quelle vanité...
Les gentils neuneus occidentaux viennent se dessaler à la lumière crue de la misère sub-tropicale. Ca fera toujours une ligne sur le CV et puis "je ne me sens pas prêt à rentrer dans le système de l'entreprise commerciale... je voulais donner du sens , tu vooooaaaa... !".
Les voir doctement expliquer ce qu'il faut faire à des gens qui subissent chaque jour mille misères qu'ils ne connaîtront jamais de leur vie, à part en spectateur, et toujours avec toute cette bouillie bien pensante à la bouche...
Ca ressemble à du scoutisme tragique, où l'enjeu, malheureusement, n'est pas de monter un plus beau camp que la patrouille des castors, mais bien de savoir si zaza, né en juillet, aura la chance de voir août.
Le plus pathétique c'est que les gens en question se croient avoir un devoir d'aide alors qu'on se demande souvent ce qu'ils pourraient bien faire comme autre métier. En fait de sacerdoce, j'y vois plutôt une voie de garage.
Inutile d'être en immersion à Andavamamba ou Manjakaray pour comprendre que ce dont les gens ont besoin en premier c'est d'une rémunération stable et que le meilleur moyen de leur donner c'est bien d'entrer dans une société privée de la place et de la gérer au mieux afin qu'elle embauche. Ou encore mieux, d'en créer une.
Pour nos frères, soyons ambitieux.
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 10:56 GMT+2, par rotsaka
Oh l ancien
Un cynique aigri et méprisant, voila juste ce qui manquait au débat : le personnel des ONG ce sont des jeunes naifs et un peu niais ne connaissant rien a la vie et qui sont en plus incompétents.
Sur le terrain, 1 ils en foutent pas une rame 2 ils sont pas tenus à des résultats 3 ils viennent avec des solutions misérabilistes et déconnectées de la vraie vie 4 ils aident les gens alors que eux memes sont riches et qu ils seront jamais pauvres (quoi mais comment est ce possible ?)
Yek, rien que cela, voila un avis bien tranché mais seulement l ancien, avant de parler du haut de votre expérience canonique et certainement fort intéressante, vous descendez un peu au niveau du sol et puis vous allez voir réellement ce qui se passe. Parce que le monde change et qu il y a pas que ce que vous avez vu qui existe.
Par exemple parce que c est facile de faire des généralités sans entrer dans le détail :
-comment un rural malgache peut obtenir un crédit (pas une subvention, ni un don, ni un jeune vazaha écervelé (tous des hippies ces jeunes cons) qui vient dans son bled : pas a la BOA, pas la BTM non y a pas le choix soit les CECAM, soit TIAVO, soit Vola Mahasoa, toutes ces banques rurales ont été créées par des ONG. Des milliards qui irriguent la brousse et qui permettent à des paysans de lancer des projets, pas de la charité à 2 francs comme vous la décrivez de maniere fort péjorative et caricaturale : combien d emplois créés ?
-qui assure l education et les soins des enfants de rue (mais c est vrai pourquoi s occuper des 4 mi, ces petits pouilleux ?), d handicapés dont tt le monde se tape a Mada, des prisonniers etc... des ONG, des satanés bitos qui sont prets a se salir les mains pendant que de vieux cyniques les regardent avec un petit air condescendant en se disant que de ttes facons cela ne sert a rien et puis quoi une bonne THB au Glacier ca fait tt de meme plus pour le développement de Mada.
etc etc...
Allez des gens comme vous, il y en a des tas, pas la première fois que j entends cela mais comme a chaque fois je m emporte, je devrai pas, malgré l offense et l insulte gratuites...
Qu est ce que vous faites vous pour avoir le droit de juger de manière si péremptoire ? A part la breve de comptoir vous avez une vraie autorité morale ou des compétences réelles ?
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 12:08 GMT+2, par rotsaka
Ah oui et j oubliais
les ONG subissent des audits annuels de leurs comptes par des cabinets reconnus (KPMG etc...) et les activités opérationnelles sont suivis en permanence et évalués systématiquement en fin de projet sur la base de plan d'actions et d'indicateurs qui avaient été programmés préalablement.
Par exemple : 30 cabinets vétérinaires privés viables dans la zone projet
3 laiteries rentables en activité etc...
Contrairement a ce que vous insinuez le personnel permanent est souvent issu du privé et plutot bien formé, pas de pb donc vis a vis d un boulot ailleurs. Ainsi les ONG sont bien conscientes de leurs limites et n'ont pas du tt de probleme avec les realités économiques : elles savent que leurs activités sont partielles dans le temps comme dans l espace, il ne s agit donc pas de se substituer ou d imposer mais de soutenir des dynamiques (pépinières d entreprise, crédit...) qui invariablement font partie de la sphére économique locale.
Sinon pour info pas sur que les vertueux personnels de SOGEA, SATOM ou COLAS soient soumis aux memes obligations que les ONG quand on voit l etat des routes qu ils construisent et l importance des detournements qu ils subissent...
Oui mais c est vrai, 1 ce sont pas des jeunes bitos mais de vieux routiers de l Afrique donc ils sont sages 2 c est du privé donc c est bien.
Sinon faut pas croire, je suis bien conscient de toutes les limites des ONG, de nos mauvaises raisons, de nos mauvaises pratiques, de ce qui ne va pas, de tous ces trucs qui hérissent mais entre le tout blanc niaiseux et le tout noir cynique, il y a tt de meme l espace de gens qui font bien leur taf. Et le ton plutot condescendant et globaliste a le don de m enerver particulierement car je ne me permets pas de faire de meme.
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 14:46 GMT+2, par madagascar
Hum, rotsaka, l'ancien est un troll chenu qui hante mon blog, j'espère ne pas être inculpé de complicité le jour où un lecteur fera un infarctus en lisant ses provocations.
Sinon l'idée d'une bagarre Colas vs AFVP est interessante, ca peut faire de jolies étincelles. Je suis pas sûr qu'il reste grand monde debout à la fin.
Pour ce qui est des rémunérations en ONG ce qui me choque c'est la facon dont certains (je répéte : certains) présentent la chose. Se dire simultanément bénévole et touchant une "indemnité" de 400€, c'est un peu contradictoire. Surtout quand on oublie de préciser que l'hebergement est en sus, ainsi que les transports y compris l'A/R depuis la France, et la couverture sociale francaise, et les frais et démarches de visa, et puis les cours de malgache, et puis, oh, ah oui j'oubliais, le "pecule de retour", 400€ par mois aussi mis de côté par l'organisme et reversé à la fin, mais ca pour l'instant je l'ai pas alors tu sais... Au total c'est plus que correct. C'est un exemple concret et réel, je n'invente pas, de toute maniére tu a l'air de connaître suffisament le milieu pour savoir que c'est banal. Evidement les situations sont tres diversifiées et tout le monde ne se présente pas comme bénévole, et, oui, certains ont de nettement moins bonnes conditions. Il y a même des vrais bénévoles, c'est à dire des gens qui y sont de leur poche pour se financer. C'est encore autre chose! Et ceux là c'est pas au Mojo que je les ai rencontré!
Pour du concret: Je viens d'aller faire un tour sur les offres de postes sur Coordination Sud pour voir un peu ce qui était proposé, ca va de 500€ à 1500€ pour un poste en Afrique avec deux ans d'experience. Bon je sais pas dans quelle mesure c'est représentatif.
Bref, c'est que des cas particulier, c'est pas exactement généralisable, et puis, c'est loin de l'indécence des salaires du PAM ou de la BM. De toutes manières c'est moins les salaires qui me dérangent que le manque de résultats. A ce sujet ton exemple de la CECAM est plutot pertinent, c'est effectivement un projet perenne dans un domaine où le secteur bancaire privé s'est toujours montré aux abonnés absents. Quoique j'aimerais bien verifier sur le terrain comment ca marche, parceque j'ai vu un projet de ce genre foirer magnifiquement au Burkina, pour prêter de l'argent ca allait à peu près, pour encadrer l'usage ca allait mal, et pour être remboursé ca n'allait plus du tout, très, très loin des taux de 99% de remboursement obtenus par la Grameen Bank au Bangladesh. Je suis curieux de savoir si sur ce thème les Malgaches font ressortir leur côté africain ou bien asiatique. Tu connais bien ce sujet?
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 15:14 GMT+2, par l'ancien
c'est marrant, tu n'envisages même pas que j'ai pu bosser trois ans en brousse dans une ONG et, à part les peace corps (et follereau de temps à autres et puis, bien sûr, les curés), je ne voyais personne...et qu'entre l'Asie et l'Afrique j'en suis à 17 ans hors d'Europe (l'essentiel dans le privé).
A toi les préjugés, à moi les post-jugés, chacun son créneau.
Mais les meilleurs résultats c'est quand même une centaine d'emplois crées aux Philippines et plusieurs centaines à Mada.
Ensuite c'est douze heures par jour depuis des années et 10 jours de congés tous les deux ans. Entre deux binouzes au Glacier, bien sûr, hein !
La vie c'est des choix. Le confort de la bien pensance aussi. Ton discours est bien rôdé, rien à dire, tu maîtrises...
Le vrai cynisme, selon moi, c'est d'enchaîner les programmes en gardant au fond de soi la conscience de l'absolue vanité du peu qui a été fait, le tout enrobé d'un joli reporting que tout le monde fera semblant de gober car "the show must go on". La bonne foi ne suffit pas.
Pour nos frères, soyons ambitieux.
P.S. 1: les paysans que je croisaient, quand ils voulaient se financer, ils vendaient leur récolte par anticipation au karana du bled... Mais bon ça ne devait pas être le même bled que le tien j'imagine. N'étant moi même pas au niveau du sol, je ne me rends pas bien compte...
P.S. 2 : mon pseudo est trompeur; j'ai moins de 40 ans.
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 15:19 GMT+2, par l'ancien
@ Madagascar
si tu prends mes posts pour des provocations et que tu me prends pour un troll, ceci sera mon dernier post et je m'abstiendrais donc de poster à l'avenir mais tu pourras vérifier que je lis toujours ton blog, que je trouve rafraîchissant.
Que la force du mainstream soit avec toi et surtout... ne change rien !
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 17:21 GMT+2, par madagascar
Tiens, marrant, j'ai confondu l'ancien avec Riton. Oups. Je parlais d'infractus en repensant au tout premier commentaire de Riton, celui où je me suis cru obligé de répondre en me fachant. L'indignation immédiate et outrée de rotsaka ressemblait justement à ma réaction de l'époque.
Désolé alors. Vos commentaires décontractés et sourcés sont évidement indispensable à ce blog.
euh, bon, tout de même, "En fait de sacerdoce, j'y vois plutôt une voie de garage", c'est pas de la provocation? Même moi qui suis sceptique vis à vis des ongs ca me parait plus insultant qu'instructif, et largement inexact.
En revanche "jeune bitos avec trois poils sur le menton" est un juste courroux même si c'est un poil aggressif, effectivement l'aide au développement est structurellement organisée pour attirer un maximum de débutants. Par exemple l'âge limite pour un VI est de 28 ans. OK il s'agit de "personnel non permanent", mais ca représente une très sensible proportion de l'expertise occidentale offerte au tiers monde.
Et pour finir je suis très décu, j'étais tombé récemment sur un blog exemplaire sur le sujet du sacerdoce humanitaire, lecac.canalblog.com, un couple francais très religieux parti sauver la planète et qui se retrouve à patauger dans la gadoue un peu sale d'Andohatapenaka, la fille racontait sans concession son inutilité parfaite et sa prodigieuse inadéquation au poste. Ce blog est fermé, dommage, ca aurait parfaitement illustré nombre de choses énoncées ici, tout en rajoutant le croustillant volet de la charité chrétienne que je n'ai pas traité. Pour une fois qu'un humanitaire racontait honnêtement son echec... personne n'a une copie?
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 17:33 GMT+2, par rotsaka
Salut l ancien
On provoque, on balance et des qu on se prend un petit scud on sort les griffes.
3 ans en ONG, c est bien, ni j ai imaginé, ni j ai pas imaginé mais je serai tenté de dire : et alors ? j ai fait un stage a la Poste c est pas pour ca que je dis que tous les fonctionnaires sont des nazes.
Pour jouer sur la meme partition et puisqu il faut sortir le CV, excuses moi mais malgré mon air de jeunot, j ai plus de 10 ans en Asie et Afrique. C est en France que j ai bossé dans le privé. Alors il me semble etre quasi autant dans les post jugés que toi. A moins que la sagesse, cela se joue a 7 ans d expé (si vraiment elle attend le nombre des années)...
Ou est la bienpensance et la vanité du peu accompli qui serait bien suffisant ? je sais ce qu on a réalisé et j ai simplement apporté des résultats sur la table, c est tout. Pas de discours bien rodé, j improvise, je ne suis pas dans la com, les t shirts et les pancartes comme certains de mes collegues, juste ce que je pense a chaud. Le cynisme t exonererait il de tout et la bonne foi me condamnerait elle au final ?
Nos projets ont créés des dizaines d emploi (et je parle pas du personnel ONG), devrait on s en dédire car on est une ONG et qu a priori c est mal ? On a fait cela a peu de frais, c est pas bien non plus ?
Le confort, il est ou ? travailler sur le terrain, bcp en se remettant perpétuellement en question : a quoi ca sert ? est ce qu on fait bien ? ne detruit on pas qq chose sur place ? suis je a ma place ?
Alors que dire tout est nul, rien que des petits idealistes qui n ont rien compris, c est pas plus confortable du tt.
PS1 : les paysans betsileo vendent toujours leurs récoltes aux karana a des taux usuraires et meme dans les bleds ou on bossait, je te rassure mais il me semble que c est pas une solution. Il existe aussi des systèmes qui permettent d avoir un crédit au taux du marché (malgache donc assez cher tt de meme soit quasi 18% sur 6 mois) au moment de la récolte. Donc le paysan betsileo, il stocke sa récolte, il a son argent pour les voly avotra, il rembourse son crédit a la soudure et il récupère son riz qui vaut beaucoup plus (sauf certaines années exceptionnelles). C est le système GCV (grenier commun villageois), un peu plus favorable que le karana du coin.
PS2 : bien noté
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 17:44 GMT+2, par rotsaka
A madagascar,
Si les volontaires se disent bénévoles, ils mentent et je ne comprends pas pourquoi. Des bénévoles, il y en a, ils sont rares et ils ne durent souvent pas tres longtemps.
Je pense que ce que tu as sur Coordination Sud est la norme en sachant que les 500 à 1000 euros seront plutot pour les volontaires, les 1500 à 2000 euros plutot pour les salariés. Souvent loin de ce qu ils gagnaient en Europe quand ils sont ingénieur, vétérinaire, médecins... Bref ca me semble pas incroyable mais peut etre suis je dans l erreur.
Sinon concernant les CECAM, tu pourras aller les voir facilement car ils sont tres presents a Antsirable, leur région d origine et qu ils communiquent bcp dans les journaux malgaches. Jusqu a peu ils annoncaient des taux de remboursement excellents et il y a pas longtemps j ai lu qu ils etaient plutot vers 90%. Donc ce serait en train de deraper, a suivre. Mauvais signe en tous les cas.
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 18:12 GMT+2, par rotsaka
Pour des royalties et aussi pour signaler que ce blog (tres bon) devient celebre, un article paru il y a peu dans un journal au senegal :
www.blogs-afrique.info/se...
ca rappelle pas quelque chose, mais ptet que t etais deja au courant.
Le Mardi 10 Juillet 2007 à 20:45 GMT+2, par Bacalan
Si c est du bureau au ministere ou autre, etes vous sur de parler d ONG ???
Bonsoir Rotsaka,
non, non, je ne confonds pas, oui,oui, je parle d'ong, connaissant de loin la personne. Parce que si on parle des autres, coopération, projets divers, développement durable, c'est encore plus courant. Sans parler des plaques vertes !!
Mais bon, je n'avais qu'à suivre la filière !!!
Bien à vous.
Bacalan
Le Mercredi 14 Mai 2008 à 11:15 GMT+2, par Lo
Bonjour ! Je suis en train de faire un dossier sur le Burkina Faso et plus particulièrement sur le problème des ONG ou autres associations. Je connais un peu le sujet bien sûr mais malgrés tout ce que l'on peut lire comme la volonté de l'Etat burkinabé à mettre de l'ordre ds le milieu associatif...ce qui n'est pas nouveau mais également pas très concret !
Je suis assez d'accord pour dire qu'il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier mais les dérives des ONG sont très bien dissimulées il faut l'avouer !
Et je souhaite fonder ma critique des ONG avec des arguments valables !
Je suis allée en Côte d'Ivoire et j'ai très bien pu constater le manque d'investissement de la population à entretenir ou seulement préserver l'aide, qu'elle soit matérielle ou morale, que l'on peut apporter ! J'ai donné beaucoup d'énergie dans des projets qui n'ont pas étés suivis longtemps par la pop. ce qui m'a déçue bien sûre ! Mais pouvez vous m'orienter vers des liens qui m'apporteraient des éléments concrets de la face cacher des ONG et institutions étatiques ?
Je rassure certaine personnes, je fais également l'éloge des ONG qui contribuent réellement au développement en assurant même parfois des tâches qui incombent à l'Etat !
Le Mercredi 21 Mai 2008 à 06:31 GMT+2, par mena orona
Sinon pour info pas sur que les vertueux personnels de SOGEA, SATOM ou COLAS soient soumis aux memes obligations que les ONG quand on voit l etat des routes qu ils construisent et l importance des detournements qu ils subissent...
eh oui 1/4 d'enrobés,3/4 de dérobés hihi
Le Mercredi 21 Mai 2008 à 14:51 GMT+2, par rotsaka
Salut, moi je la connaissais sous une forme un peu différente :
1 km d'enrobé pour 1 km de dérobé,
Apparemment le ratio devient de plus en plus défavorable et la corruption monte en fleche...