madagascar

mpitsindroka

Pour tout un tas de raisons je n'ai pas de personnel de maison.
Pas de femme de ménage, pas de cuisinière, pas de gardien.
En france je me suis toujours demerdé tout seul pour les tâches ménagéres, sans que ca ne me pose jamais de problèmes. Je sous-traite uniquement la lessive, parceque sans machine à laver ca prend tout de meme un peu trop de temps. La cuisine j'aime bien la faire, le ménage ca me gonfle que d'autres que moi fouillent dans mes affaires, surtout qu'il faut devenir parano et cacher ce qui est vaguement précieux (y a des gens ici qui ferment leurs placards à clef pour éviter que la cuisiniere pique du sucre, sisi), le gardiennage je ne me sens pas plus en sécurité avec un type qui dort devant la porte. J'en ai eu un dans mon tout premier logement parceque les propriétaires estimaient ca indispensables, resultat plusieurs fois j'ai dû faire le mur pour rentrer chez moi parcequ'il dormait trop profondément et que le portail ne s'ouvrait que de l'interieur. C'est super agréable, surtout quant on rentre bourré et qu'il pleut. J'ai vite déménagé. Je pouvais tout de même pas l'engueuler, normal qu'il dorme à 3h du mat quand le vazaha rentre d'on-ne-sait-où alors que lui devra être levé à 5h pour aider le proprio au lavage dominical de bagnole.
En plus c'est chiant de gérer du personnel, j'ai déjà bien assez de boulot la journée pour ne pas en plus être emmerdé le soir chez moi à régler avec des gens dont je ne parle pas la langue des problèmes d'avances de salaires, des potiches cassées, de jours de congés, de fiches de paye ou de cnaps (je rigole, ici personne ne semble s'emmerder à déclarer son personnel de maison)
Et pour finir soit je paie le prix normal, 300 000fmg/mois permettent de s'assurer une bonne à tout faire 6/7, et je trouve ca scandaleusement pas assez, soit je donne plus, mais là il y aura des gens pour m'en vouloir. Je le sais, j'ai essayé dans un autre pays à une époque où j'étais plus jeune et encore plus con et où j'imaginais qu'il était normal que je contribue à la réduction du chomage en embauchant du personnel puisque j'en avais les moyens.

Bref je suis peinard tout seul chez moi et ca se passe très bien, vraiment. Aucun regrets. Eventuellement j'y re-réflechirais le jour où j'aurais des gamins, là l'option bonniche dispo en permanence pour que dalle pourrait bien devenir attractive.

Mais il y a tout de même un truc auquel je me fait très mal, même si je suis de plus en plus endurci : c'est de jeter les ordures. C'est pas comme en France, on ne se contente pas de déposer un gros sac noir deux fois par semaine à l'entrée de la maison que la municipalité se charge de ramasser.
Non non.

Pour commencer, ici les ordures ne restent pas bien calmes dans leur gros sac pendant trois jours. Il fait humide et tiede et on bouffe un peu moins du plastique, tout se met à pourrir à une vitesse invraisemblable. 48h c'est un max pour se debarasser de ses épluchures de mangues, ensuite elle se mettent à bouger toutes seules.
Ensuite, les camions ne passent pas devant chaque maison. Je vois d'ailleurs pas comment elles feraient, au moins les trois quarts des maisons ne sont pas accessibles depuis une route circulable, Tana est une ville compacte faite pour les marcheurs à pieds qui aiment les escaliers et les longues venelles étroites de 75cm.
Les camions ils passent uniquement ramasser le contenu des bennes. Il y a en gros une ou deux bennes par quartier, c'est à dire 500 bennes. Et là, angoisse, la benne n'est jamais vide : il y a toujours quelqu'un à l'interieur. Voir même plusieurs personnes, en train de fouiller. C'est vraiment pas agréable de balancer ses propres ordures là dedans, ca déclenche tout un tas de sentiments coupables. En même temps le type est content, lui c'est son business, quand il me voit arriver il me fait un sourire et me prend direct mon sac. C'est un nanti, je ne sais pas comment il a fait mais il a reussi à obtenir le droit de construire sa cahute à côté, et il vit là avec femme et enfants. A mon avis il a dû se battre pour obtenir cette place (c'est à prendre au sens littéral, et je ne plaisante pas. Pas du tout. En fait il doit certainement reverser de l'argent à quelqu'un pour s'installer comme ca en pleine ville, il y a des règles d'urbanisme dans le centre de Tana et des autorités pour les faire respecter. Si, si. )
C'est le sommet de la hierarchie des fouilleurs d'ordure, il a droit à la primeur. Il fait un premier tri, ensuite le camion passe et amène le reste à l'exterieur de la ville, où d'autres (plus nombreux) retrient encore. J'ai déjà du mal à imaginer ce que les premiers peuvent récuperer de valable, alors les seconds... J'ai vu un certain nombre de fois des scènes vraiment sordides avec des gamins et la bouffe récupérées. Suffisament moche pour que je n'aie pas vraiment envie de le raconter. Il ne s'agit pas d'orphelins, les parents sont à côté, en train de ramasser ce qui a vraiment de la "valeur": des bouteilles de plastiqe, des pots de yahourts, des morceaux de tissus et de bois. Je n'ai pas vu quoique ce soit de plus précieux et je ne vois pas bien ce qu'ils en font ensuite. A Tana il y a des marchands de vieilles bouteilles, mais pas en quantité correspondants à tout ce qui est ramassé dans les ordures, et je n'ai encore jamais vu de marchand de vieux pots de yahourts. J'imagine vaguement que c'est racheté par des usines de plastique pour être recyclé, sinon je vois pas.



En tout cas... je plains vraiment ces gens, ils n'ont vraiment pas de bol. Ils font un boulot répugnant et fatiguant qui ne doit surement pas rapporter plus que des clopinettes, ils sont honnis du reste de la population, et vu les conditions d'hygienes on leur imagine une espérance de vie en dessous de tout. Néanmoins comme d'hab il n'y a pas de solutions pour les éliminer, hormis une élévation substancielle du niveau de vie des malgaches.

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Notice nécrologique

Jean-Francois Deniau est décédé hier.

J'aime bien ses bouquins, il écrivait vraiment bien. Surtout La Mer est Ronde, un tres joli petit livre sur la navigation de plaisance.
Mais le plus interessant c'est quand il raconte ses souvenirs professionnels. C'est pas si courant que
les ex-ambassadeurs racontent des anecdotes sur leur métier.
Souvent Deniau est un peu agacant quand il parle de l'Afriquecar il appartient à la vieille générationancAfrique, celle qui se mélait de tout un peu trop et se croyait toute-puissante par naissance.
Je m'enerve donc parfois en le lisant, mais je continue car c'est bien écrit, amusant et instructif.

Pour rester dans le ton de ce blog il a participé à la décolonialisation, en particulier il a négocié plusieurs accords avec Ratsiraka dans les années 70.
Il en parle un petit peu dans un de ses livres, "Memoires de 7 vies" je crois, mais c'est anecdotique, ca ne doit pas representer plus qu'une demi page sur 300.

J'ai en mémoire une phrase de sa part qui m'a bien plu : "Mauvais moyen, mauvaise fin" (1). C'est simplement une variante de "la fin ne justifie pas les moyens", avec une orientation pragmatique pour remplacer le moralisme, j'aime beaucoup. Il a sorti ca au sujet des attentas de l'ETA, lorsqu'il était ambassadeur à Madrid.

Sinon Deniau appartenait à l'UDF. Parti d'avenir,car comme les Francais (n')auront (pas) le choix entre un nabot véhément qui penche vers le centre-droit pour ratisser large, et une cendrillon débutante qui penche vers le centre-gauche pour ratisser tout aussi large, on peut se demander si le centre-centre ne serait pas tout simplement le choix le moins innaceptable.


(1) la phrase exacte est : "On doit juger sur les moyens. C'est une régle démocratique de base. Mauvais moyens, mauvaise fin".


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Ong back

Je l'ai déjà expliqué, je suis très méfiant envers les ONG qui bossent en Afrique, et tout spécialement celles qui s'occupent de faire évoluer le monde paysan.

Ca fait longtemps que j'ai cette opinion, acquise en Afrique de l'Ouest dans des pays qui sont parmi les plus pauvres du monde tout en accueillant le plus grand nombre d'ONG actives. En soi c'est globalement un constat d'échec, ca fait 30 ans qu'on installe des pompes dans le sahel et il y a encore des gens pour avoir soif. Au niveau individuel j’ai rarement vu des projets qui tenaient vraiment la route, et de toutes manières ce sont toujours des micro-projets, jamais des réalisations d’envergure. De quoi soulager la conscience des donateurs qui l’auraient mauvaises, de quoi donner l'occasion de faire des rencontres enrichissantes à quelques bénévoles, mais pas de quoi sauver la planète.

En plus j'en ai rencontré pas mal des membres d'ONG,  dans l'ensemble ce sont de chic types agréables et dynamiques, dans l'ensemble ils font des boulots rigolos qui leur permettent de visiter de chouettes coins , dans l'ensemble ils ont un niveau de salaire très supérieur à la moyenne, et dans l'ensemble aussi ils sont incapables de défendre leurs projets plus de 5min si on leur pose des questions précises sur l'impact de leur action. Généralement ça finit par des excuses vaseuses, c'est pas la faute de l'ONG mais des bailleurs de fonds et puis surtout de ces ahuris de paysans qui sont tout de même un peu con, bordel on leur explique comment faire mais pas moyen ils sont bornés et ne veulent rien changer.

Bon jusque là c'était juste une opinion de ma part, sans autres fondements que des discussions informelles avec des  membres d'ONG et le simple constat de la disproportion entre les moyens affichés (gros salaires, gros 4*4, pc portables récents etc etc) et les résultats (que dalle).

Hors je viens de tomber par hasard sur cet article  qui me donne du grain à moudre. Je vous invite à le  lire, c'est très bien écrit, et instructif sans être du tout  technique. C'est un mémo sur l'impact des ONG environnementales à Madagascar. Malgré que l'auteur prétende ne pas"avoir pour objectif d'éreinter les ONG environnementales", c'est assez saignant.

 

Quelques extraits :

 

Les agents des ONG sont les premiers conscients du peu de succès des groupements paysans, de la lenteur des activités, et au total de la rareté des réalisations effectives. Mais ils attribuent ces échecs à la paresse des paysans ou à leur mentalité conservatrice, sans remettre en cause leur propre action

=> je confirme! J'ai toujours entendu cet argument! La fameuse fainéantise des paysans malgaches incapables de bosser pour leur avenir! Le moramora ! Le poids des traditions ! 

 

Globalement, le bilan des ONG pourrait donc être inquiétant pour la sécurité alimentaire de la région, surtout en pays tanala

Eh ouais, sauver la forêt c'est une chose, sauver les hommes une autre. Et c'est pas forcément compatible.

Partout les paysans déplorent le manque de suivi et d'encadrement des ONG, qui lancent des opérations de développement à tout va, sans se préoccuper de leurs réalisations concrètes

Les ONG travaillent donc davantage au rythme des bailleurs et non à celui de la société paysanne.

 LE point qui m'a toujours ecoeuré. Les ONGs travaillent trop souvent sur un principe qui s'apparente à celui d'un bureau d'étude qui serait sur un marché concurrentiel où l'important est l'aggressivité commerciale pour decrocher des ficancements.   Il ne faut pas se tromper, les clients des ONGs ce sont les bailleurs de fonds, pas les paysans. Dans cette optique le succés du projet passe au second plan, la différence entre un projet reussi et un projet raté étant assez légére une fois transformé en plaquette marketing à destination des bailleurs. Par contre plus une plaquette marketing contient de projets et plus ca impressionne et plus ca permet de decrocher des financements. Même chose avec le cv des "travailleurs humanitaires", plus il est long plus c'est bon.

 

Un truc particulièrement  rigolo c'est que l'auteur reconnait que les ONG ont au moins un impact positif : l'émergence d'une classe moyenne citadine, puisque les tombereaux de pognon déversé par les bailleurs de fonds profitent essentiellement aux salariés des ONG :

Si bien que dans l'ensemble, les acteurs du développement et de l'environnement à Madagascar donnent l'impression de chercher moins à sauver les forêts ou les hommes qu'à se sauver eux-mêmes, en perpétuant un système de transfert de revenus dont ils sont les premiers bénéficiaires, et dont les paysans ne retirent que les miettes

 

 

En même temps, on pourrait me dire, critiquer les ONG c’est un peu facile et pas très constructif, surtout de la part de quelqu’un comme moi bien assis dans mon fauteuil au chaud devant le pc. Sauf qu’a mon avis il vaut mieux ne rien faire plutôt que de mal le faire, et c’est tout l’objet de ma critique. Faire cultiver des patates aux Betsileo c’est peut être une bonne idée si ça peur les dissuader de défricher la forêt pour faire des rizieres,  sauf que c'est un peu jouer à l'apprenti sorcier avec la vie des paysans concernés:

 En 2003, encouragée par les ONG, la production de pommes de terre dans le Betsileo a été telle que, faute d'acheteurs et à cause de l'isolement de la région, la récolte n'a pu être écoulée et a pourri sur place
Donc la solution est simple : faut construire des routes pour écouler les patates. Ca va plaire à WWF, ça, de  financer du goudron pour sauver la forêt.

 

 

Bon, vraiment, lisez ce doc, il remet les choses en place avec plus d'élegance que je ne saurais le faire.

 

Bonne lecture,  année et soirée.

 

 

 

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