Le coup des flèches indiquant le sens de circulation des piétons, en fait, c'est pas du tout grotesque, c'est même tout à fait approprié : les malgaches ne savent pas marcher. Ben oui. Je m'explique:
En France quand on marche sur le trottoir il y a tout un tas de conventions qui définissent les priorités de chacun. Y a plein de règles, par exmple y en a une qui dit que, en cas de collision prévisible entre deux personnes arrivant en sens inverse, c'est la premiere qui commet l'erreur de lever les yeux qui perd la priorité et qui doit s'ecarter - alors qu'en fait ca faisait au moins cinq pas que l'autre avait remarqué la chose, mais c'est comme ça, c'est une convention, c'est le plus gonflé qui passe. En gros c'est comme s'il y avait des couloirs virtuels sur le trottoir, chacun a le sien et tente de le conserver en adoptant un pas determiné qui prouve que le couloir lui appartient. Dans certains cas si on attend trop il faut tenter une manoeuvre d'évitement d'urgence qui a une chance sur deux de rater si jamais l'autre ahuri devie dans la meme direction que vous. Ca donne des ballets marrants, hop un pas à droite zut l'autre aussi un pas a gauche merde il fait pareil, quel gland il faut stopper face à lui hop petit sourire contrit (ou grimace crispé, suivant l'humeur) et on repart.
Y a une autre régle, c'est que le plus rapide a priorité sur le plus lent. En particulier si vous entendez un piétinement dans votre dos ou que vous sentez un souffle chaud dans votre nuque, vous êtes censé laisser la personne passer. Bon je sais, pas à chaque fois, parfois on n'a pas envie de faire d'efforts, mais tout de même, c'est la règle générale. De même ca ne se fait pas de bloquer un trottoir hyper fréquenté sur toute la largeur, c'est relativement mal vu d'obliger les autes piétons faire un gros écart dans la circulation automobile. Pareillement il est malpoli de flaner au hasard, il est recommandé de se choisir un but aisément identifiable: soit on marche d'un pas décidé dans une direction précise (même si on sais pas exactement où on va!), soit on fait du lent lèche vitrine ou on papote avec son voisin, soit on prend la tourist attidude le nez en l'air pour contempler le paysage, chaque comportement correspond à une allure différente et ca permet aux autres piétons d'anticiper sur la trajectoire.
Bon voilà, y a d'autres petites conventions marrantes débiles et hypocrites de ce genre en France, rien n'est écrit rien n'est obligatoire y en a qui sont pas d'accord mais c'est plutot comme ca que ca fonctionne. Je suppose que tout le monde voit de quoi je parle. Eh ben à Tana, zero, zob, nib, que dalle, no rules, les gens s'en foutent les uns des autres et SE RENTRENT DEDANS. Je ne blague pas, j'ai vu ça plusieurs fois, surtout le matin quand tout le monde part bosser dans une grande transhumance pressée. C'est fendard, ca fait des collisions frontales spectaculaires, et après chacun s'excuse et feint la surprise avec tellement de conviction qu'on a presque l'impression qu'effectivement c'était deux myopes profondément perdus dans leurs pensées.
D'autre part j'ai de grandes jambes, je suis tout le temps à la bourre le matin et je marche plus vite que beaucoup de malgaches (qui sont aussi à la bourre et qui se pressent tout autant, faut pas croire); y a généralement pas moyen d'obtenir qu'ils s'écartent pour me laisser passer, ils sont indifférents, on dirait qu'ils ne se rendent pas compte que je suis derriere eux. Pourtant moi je le detecte presque à chaque fois quand il y a quelqu'un dans mon dos, c'est tout de même bizarre!
Ca dérange personne non plus de bloquer les minuscules trottoirs sur toute la largeur pour papoter même si ca force les autres à mettre le pied sur la DANGEREUSE route RESERVEE aux voitures. C'est pas croyable aussi le nombre de piétons qui ont un comportement aléatoire, qu'on ne sait pas exactement où ils vont ni a quelle vitesse et qui même parfois font carrément brusquement demi-tour (ca c'est en journée, ca ne concerne pas ceux qui partent bosser le matin).
Donc, le code du trottoir local est plutôt mal ficelé, y a plein de lacunes. Finalement les flèches jaunes sur les passages piétons, c'est pas forcément du gachis de peinture.
Ceci dit il y tout de même quelques conventions. Y a par exemple un truc bizarre avec les portefaix, moi quand je croise quelqu'un lourdement chargé je lui cède le passage, surtout s'il porte tout en équilibre sur la tête. Mais là visiblement la règle c'est l'inverse, c'est lui qui doit s'ecarter et je surprend tout le monde quand je ne fait pas valoir mon droit. Il semblerait également que les mendiants soient des obstacles censés s'effacer tout seul au passage des honnêtes gens, s'ils se font marcher dessus tant pis pour eux. Alors qu'en France, un sdf avachi par terre provoque un large cercle tout vide même sur les trottoirs les plus surpeupés!
Par kisifi, Mercredi 19 Juillet 2006 à 13:08 GMT+2 dans mada (article, RSS)
Vos commentaires
Le Mardi 29 Aout 2006 à 23:11 GMT+2, par Vaovaomalagasy
malheureusement je partage votre constatation.
est-ce que vous parlez le malagasy? si oui, feriez vous un detour au vaovaomalagasy.blogspot.c...
Le Jeudi 31 Aout 2006 à 18:12 GMT+2, par madagascar
J'ai fait un détour... je capte pas grand chose, même armé d'un dictionnaire!
Ca viendra, je garde le lien.
Le Jeudi 14 Septembre 2006 à 15:12 GMT+2, par Ile rouge
Je viens de découvrir récemment ce blog, et je trouve en effet que vous avez la plume agréable à lire...je ne peux m'empecher d'ebaucher un sourire entre vos lignes.
Bon, ceci dit, je peux en venir aux choses qui fâchent :o)
Et bien, figurez-vous que je me suis dit la même chose ici en France. Ca fait juste quelques années que je suis ici et j'ai remarqué que souvent, pour éviter qu'on me rentre dedans, c'etait A MOI de m'ecarter! dans la rue, à la gare, mais jamais je n'ai vu quelqu'un s'ecarter face à moi...Les conducteurs me cèdent le passage quand je traverse une rue, d'autres galamment à la caisse d'un supermarché mais les piétons! jamais!...
Pareil pour la circulation à Paris, aucune règle: entre ceux qui piquent le stationnement alors qu'il y a un malheureux qui essaie depuis quelques minutes de faire son créneau, et ceux qui ne cèdent pas la priorité à droite...
Enfin, bref, je me suis permise de poster ici mon "petit coup de gueule"...la moralité que je perçois de toute cette histoire est que nous sommes beaucoup plus susceptibles à certaines choses quand on est étranger...
Le Mercredi 18 Octobre 2006 à 15:52 GMT+2, par Mialy
Je suis tombée sur ce blog par hasard et je suis assez surprise de son contenu mais comme je n'ai pas lu tous les posts je m'abstiendrai de tout jugement pour le moment.
Je tenais juste à dire que je vis à Paris depuis quelques années maintenant et je peux dire que les parisiens ne savent pas marcher non plus.
Ils n'hésitent pas à vous bousculer lorsqu'ils sont pressés et ce même s'ils vous voient. Et je suis sûre qu'ils piétineraient votre cadavre si ça leur permettait d'avoir leur métro même en sachant que le suivant est dans 2 minutes.
Quant à laisser passer une personne chargée, n'y songez pas! 1minute de perdue, 10 minutes sur le quai !
Parlons des conducteurs, combien de fois j'ai manqué de me faire renverser par un chauffard qui ne voulait pas se prendre un feu !
Et puis les crétins qui occupent le trottoir sur toute la largeur, ce n'est pas typique de Madagascar, croyez-moi! Sans parlez des gens qui descendent du train et qui occupent toute la largeur de l'escalier sans laisser de place au pauvre bougre qui essaie d'atteindre le quai ...
Ah ça fait du bien de cracher son venin de temps en temps! Peut-être devrais-je faire un blog similaire mais qui parlerait de la vie parisienne ...
Y'en aurait des choses à dire ...
Le Jeudi 1 Fevrier 2007 à 17:33 GMT+2, par l'ancien
ce code du trottoir à Tana est vraiment bien observé !
J'en viens même à me demander si le fait de contraindre les gens chargés à faire un détour n'est pas une façon de marquer sa propre position sociale : "je suis quelqu'un d'important, j'ai des gens qui portent pour moi, et ceux qui portent doivent s'écarter devant moi".
Un peu comme ces mandarins qui se laissaient pousser d'immenses ongles pour bien montrer qu'ils ne se servaient pas de leurs mains.
Il faut quand même savoir qu'à Mada, un cadre moyen gagne environ 100€ par mois... mais a souvent une bonne + une cuisinière + un gardien dans sa maison ! Donc les efforts physiques ça reste quand même l'apanage d'une certaine catégorie de gens... avec lesquels le cadre moyen ne souhaite pas être assimilé.
De même, pour identifier le plus gradé dans une administration, j'ai remarqué que la méthode la plus sûre consistait souvent à repérer celui qui adoptait une attitude oisive ostentatoire : journal ouvert sur le bureau, à se frotter le ventre, par exemple.
Par extension, il peut surprendre de voir que les Betsiléos ont la double réputation d'être industrieux, pour ne pas dire durs à la tâche, mais aussi un peu "neuneus" ou "plouploucs".
Comme si le fait de travailler dur relevait d'une certaine forme de bêtise. Paradoxal, surtout quand on sait la sur représentation de cette ethnie dans les élites du pays.
Il faudrait sans doute se pencher sur l'histoire de l'esclavage à Madagascar, largement antérieure à l'arrivée des blancs (et d'ailleurs aboli par Galliéni, même si les lois qu'il lui a substituées ne valaient guère mieux...), et aussi le système de "castes" Merina pour comprendre ce rapport curieux au travail. Comme si travailler avec ses mains était le signe d'une personne de peu de tête...
Avez-vous remarqué comment les gens qui traversent une rue, le fond en se "hâtant faussement" à l'approche d'un véhicule, ou avec un sourire potache ou une simagrée grotesque voulant dire : "OK je me presse mais en fait, c'est pour de rire, hein, ne vous méprenez pas".
Je ne comprends pas en quoi le fait de se presser devrait être une gêne par rapport aux témoins de la scène, pour qu'il fut nécessaire maquiller la chose en espèce de gag. Aller vite est-il une honte ? Ou est-il seulement réservé à ces "gens de maison" qui doivent accourir quand on les siffle ?
Cette association (sauf si j'ai tout faux... ah bah oui, au fait) entre rythme et statut social me parait parfaitement illustrée par une expression bien française : "avoir un train de sénateur".