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Fait divers

Le quotidien Les Nouvelles de Madagascar consacre dans chaque édition une large page aux faits divers policiers. Y a un peu de tout, une journée moyenne produit grosso modo un ou deux cambriolages et deux ou trois viols chacun dignes d'un petit article. La police est hyper-compétente et le taux d'élucidation des affaires est gigantesque, la plupart du temps les coupables sont arrêtés avant même la rédaction de l'article ce qui permet d'afficher leur photo, avec un petit bandeau noir sur les yeux pour la pudeur. Les aticles sont suffisament détaillés pour que même sans les noms tout le monde puisse retrouver les personnes concernées
Ce midi il y avait un cas un peu amusant sans être glauque, et par chance il est également relaté sur le site de l'Express de Madagascar, je n'aurais pas a le recopier: un militaire a perdu son arme dans un hotel de passe! Ca pourrait arriver à n'importe qui... Voici la version de l'Express:

Cité des 67 Ha - Un militaire perd son arme dans une maison close
Il se passe de drôles de choses au quartier des 67 Hectares !

Accident ou négligence. Un militaire ayant un grade de caporal a perdu son arme, un pistolet automatique, vendredi à la cité des 67ha, alors qu'il “se reposait” dans une chambre d'hôtel. Son innocence reste jusqu'ici difficile à prouver, du moins jusqu'à la découverte de l'arme à feu.
Outre le concerné, dix autres personnes, dont des prostituées, ont été interrogées à la gendarmerie de Fiadanana, puis au Parquet du tribunal à Anosy. Le gardien de l'hôtel n'a pas été oublié et a été aussi convoqué au tribunal, hier.
Ce vendredi, le caporal, bien accompagné, s'est présenté à l'hôtel pour louer une chambre. Mais sa partenaire n'est pas restée très longtemps. Successivement, deux autres jeunes filles sont ensuite venues le rejoindre pour continuer la “conversation”. Les enquêteurs ignorent, cependant, ce qui a pu se produire. En tout cas, le soldat s'est plaint d'avoir perdu son arme “avant de quitter les lieux”.
Il a voulu aussitôt déposer une plainte au commissariat, mais les policiers l'ont dirigé vers la brigade de recherche à Fiadanana qui se charge de l'enquête. Jusqu'ici, les recherches n'ont pas permis de retrouver l'arme.


Douteux.
D'étranges versions ont été évoquées durant les interogatoires à Fiadanana. En effet, sa première partenaire, qui figure parmi les présumés auteurs du vol du pistolet, est revenue dans l'établissement quelques heures plus tard. On en ignore cependant la raison. De plus, une somme de 60 000 ariary, cachée dans le sous-vêtement du militaire, a été saisie sur elle pendant la fouille. Inculpée pour vol de l'arme à feu, elle dénonce le gardien. “Je l'ai vu avec un revolver quand je suis revenue à l'hôtel. Il l'a caché dans son blouson”, déclare-t-elle. Mais le gardien persiste à nier ces accusations.
De son côté, la propriétaire de l'hôtel est aussi coincée dans cette affaire. Outre le vol d'arme survenu dans son établissement, elle est contrainte de s'expliquer pour une autre cause. En effet, elle peut être accusée de proxénétisme pour avoir donné libre accès à des prostituées mineures.

Stéphane Solofonandrasana


Les Nouvelles sont moins avares de détails que l'Express, dans les Nouvelles il est précisé que le militaire a consommé une fille à 23h, 1h et 2h. Quelle santé! Notons que les Nouvelles parlent carrément de maison close alors que l'Express se contente d'evoquer un hotel. Je ne prendrais pas parti... mais je constate par contre qu'à Tana les hotels de passe avec pignon sur rue sont presque plus nombreux que les eglises!

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Racisme ordinaire

Un thème fascinant à Madagascar c'est le racisme. Je viens d'un milieu francais bobo bien élevé où tout le monde est formaté à lisser ses propos de politiquement correct, toute généralisation - péjorative ou pas - basée sur l'origine ethnique supposée est très mal vue, sauf quand il s'agit de se charrier les un les autres. J'ai rarement vu un francais afficher sans complexes des opinions raciales: En France on a ce qu'on appelle le racisme larvé, c'est grossier de dire en public qu'on n'aime pas les arabes meme si dans les faits il vaut mieux etre bien blanc pour entrer dans certaines boites de nuit. Ca n'empêche pas les gens de tenir des popos racistes, mais ils le feront rarement sur un ton neutre et objectif, plutot soit sur un ton provocant soit par maladresse, genre "les chinois sont fourbes" suivi par un "non mais c'est pas ca que je voulais dire" si on fait remarquer la pauvreté de l'argument. Bon je généralise mais en gros c'est ca, les francais ont des scrupules à afficher en public leurs opinions racistes parcequ'on martèle dans les médias et à l'école que le racisme est une connerie. Sans parler de la loi qui punit explicitement tout propos raciste ou homophobe.

A Madagascar par contre la parole est beaucoup plus libre et les gens n'ont absolument aucun complexe à faire des commentaires racistes. Tout le monde n'est pas raciste ici. Mais tout le monde est libre de dire ce qu'il pense meme si c'est odieux, même si c'est un grotesque cliché outrageusement simplificateur. Ceux qui en prennnent le plus dans la tronche ce sont les Karanas (indiens), ils ont la réputation d'être arrogants fermés escrocs esclavagistes et j'en passe. Leur avarice ne tient même plus du cliché, c'est un lieu commun qu'il est inutile de tenter de remettre en question. Les francais eux sont connus pour leur condescendance, leur porte monnaie trop plein et leur néo-colonialisme, mais aussi pour leur soit-diant honnêteté (!!), c'est pour ca qu'ils sont préférés à tout autres pour les postes à responsabilité qui necessitent de la confiance . Car les malgaches ont des préjugés sur eux-mêmes, combien de fois ais je entendu la phrase "s'il y a de l'argent en jeu il ne faut pas faire confiance à un malgache". Alors bon voilà, de temps en temps il y a un petit pogrom anti karana et un malgache hyper qualifié aura le plus grand mal à obtenir un poste si un vazaha se présente en face même au double du salaire. Bravo.

D'autre part aie aie aie, il y a des ethnies à Mada. Y en a plusieurs mais il y a sutout deux catégories, les cotiers et les merina (Prononcer "Merne", les gens des hautes-terres en gros). Si on branche quelqu'un de Tana un peu clair de peau sur les cotiers on risque d'en entendre des vertes et des pas mures, tous des sauvages sans éducation qui prostituent leur filles, et à l'opposé y souvent pas besoin de pousser beaucoup un cotier pour avoir un catalogue de récriminations sur ces salauds de Merina arrogants qui s'entendent entre eux pour spolier le reste du pays de son dû. Pour appuyer le raisonnement on a facilement droit à une analyse comparée des infortunes de Mada et du pedigree des présidents. Tout le monde a des arguments, les uns prétendent que c'etait mieux du temps de Ratsiraka et ils prennent pour preuve la dégringolade économique qui a suivi le changement de régime, et les autres montrent l'état des routes et le ramassage des ordures pour prouver que, maintenant, l'argent public ne va pas complétement dans les poches des élus. Ensuite si la discussion se prolonge ca devient incompréhensible parceque quelqu'un met sur le tapis la grand mère Betsika de Ravalonamana ou les appuis francais de Ratsiraka et là c'est foutu pour avoir un raisonnement clair, on comprend juste qu'il n'y a rien à comprendre et qu'il vaudrait mieux orienter la conversation vers l'oganisation du pique-nique de dimanche.

Vu de la France la division entre cotiers et Merina semble grotesque parcequ'elle fourre dans le même panier les gens de Tulear et de Tamatave meme s'il y a 20h de route entre les deux. C'est que la distinction n'est pas tant géographique que raciste : à Tulear comme à Mahajunga les gens sont sombres de peau avec des cheveux crépus, alors que les gens de Tana ont la peau claire et les cheveux raides. C'est un peu plus compliqué que ca parceque les gens voyagent et donc tout est un peu brassé, mais ca sert de support à certains allumés pour une théorie nauseo-fumeuse comme quoi les Merina seraient plus Asiatiques qu'Africain, que les premiers glorieux occupants de l'Ile auraient été des Malais sophistiqués ensuite envahis par des esclaves africains incultes amenés par des trafiquant arabes sur les cotes. Beurk. Même si ca a un vague fond de vérité historique ca fait mal à entendre. Ou à lire. Car les promoteurs de ce genre de conneries sont justement des intellectuels ou des journalistes desquels on attendrait un peu plus de recul, tout le monde sait bien que c'est comme ca qu'on en est arrivé à couper la Cote d'Ivoire en deux. Mais c'est tellement tentant de vendre du papier rien qu'en y chiant dessus.
Par ailleurs comme en Afrique de l'Ouest les jeunes filles trop sombres de Tana font des manieres pour se décreper le chignon et se blanchir la peau, mais rien ne prouve que ce soit du racisme, c'est plutot un effet de mode (tres con l'effet de mode d'ailleurs, les cheveux crépus c'est classe)

Ah et j'allais oublier: cette liberté de ton qui donne latitude à tous d'empiler sans complexes les généralisations racistes, elle est très vite adoptée par tout plein de francais. Hop hop hop on oublie le politiquement correct, on se dépêche de choisir son camp, version catho/routard ca donne ce-peuple-est-si-gentil-on-a-tout-a-apprendre-d'eux et coté businessman/expatrié on obtient quelle-bande-de-pourris-corrompus-tous-des-feignants-ou-des-putes. Grave. Zero recul, zero précaution oratoire, on balance ses préjugés et on se moque copieusement du naif qui s'essaierait à être plus pondéré.

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Soutenable

Ce matin j'ai assisté à la soutenance de fin d'étude d'une de mes stagiaires, à la fac. C'etait la premiere fois que je visitais le campus. Il est relativement grand et s'étale sur tout le haut d'une colline, ce qui fait que les batiments ont un petit coté labyrinthique avec des escaliers dans tous les sens. Dans l'ensemble malgré la vetusté des locaux j'ai trouvé l'endroit plutôt agréable, en fait très similaire aux campus francais surpeuplés avec architecture style Stalag que j'ai fréquenté dans ma jeunesse. Par contre houlala, j'en suis revenu un peu plus vieux, c'est terrible de voir toute cette jeunesse ca me force à constater à quel point je suis maintenant loin de mes 20 ans! En plus il parait qu'il y a peu de chances que ca s'arange. Bon, je perd en fraicheur mais je gagne en respectabilité, bien que je ne me sente pas plus savant qu'avant pourtant.

Bref, rien de bien exotique jusqu'à la salle de soutenance. Parceque là, dans le genre grand guignolesque ca battait des records. Ma stagiaire, habituellement fagotée très discrétement, avait revêtu un magnifique habit de lumière, tout en satin. La salle était comble, toute la famille était là (au moins 50-100 personnes!), les hommes en costume cravate et les femme en jolie robe, les enfants pareil, genre on se serait cru à un mariage en légèrement moins tarte. Sur la table du jury deux immenses bouquets de fleurs et une nappe brodée, idem sur l'estrade. Le protocole grandiose exige que l'assistance poireaute 1/4 d'heure avant que le jury ne daigne rentrer dans la salle, et tout le monde se léve à ce moment là!!
Ensuite bon bravo, la stagiaire ne s'est pas laissée impressionnée et a fait son speech sans trembler, et a esquivé avec un talent que je ne lui suspectais pas les questions vachardes des profs examinateurs. Puis le jury se retire (tout le monde se leve), deliberer pour fixer la note (j'ai royalement donné 19/20, pas trop le choix c'est la note qu'avait eu tout ses collégues de promotion, je me voyais mal mettre moins ou plus ), revient (toute le monde se releve), et là y a que l'abruti d'encadreur vazaha qui commet l'erreur de se rasseoir à la table des examinateurs, la sentence se prononce debout voyons!!

Jusqu'ici rien de vraiment invraisemblable, mais là on arrive au meilleur: les remerciements de la stagiaire. Un joli petit compliment gentiment récité, et hop elle sort de son sac des paquets cadeaux pour les membres du jury!! Il parait que c'est la tradition, que peut on faire contre la tradition? Moi j'ai eu une bouteille de whisky, si c'est tout le temps comme ca à raison de 30 éléves par promo il faut avoir le foie solide pour enseigner ici.

Puis le père de la stagiaire fait un digne kabary pour conclure, et je me suis retiré picoler ma bouteille. Un peu ebahi meme si j'etais averti!

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