madagascar

fade

J'insiste, je persiste et je signe (de mon pseudo, pas fou hein) : la cuisine malgache est sans intêret. Il n'y a rien de franchement mauvais, c'est exactement l'inverse tous les plats sont fades et manquent complétement de goût. (au passage, j'ai eu une fois un petit quiproquo avec le mot "fade", qui se confond avec le mot "fady" qui signifie "tabou". Ca m'apprendra à critiquer la cuisine de mes hôtes.)
La viande est généralement cuite à l'eau, ce qui peut être excellent à condition de garder précieusement le bouillon, et de faire cuire les os avec (a moelle de préférence, miam). Ici ils font réduire la sauce jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un jus épais vaguement cramé au fond de la casserole, quel dommage.
Idem pour le riz, je sais pas comment ils se débrouillent mais il a toujours un arriere gout de cramé.
Il y a un plat qui ne ressemble à rien que j'ai vu hors de Madagascar, c'est du poisson farci à la viande. C'est original mais pareil, ca manque de gout.
Dans le genre typique y a aussi le varanga, c'est de la viande de boeuf cuite puis effilochée à la main, jusqu'a obtenir des filaments de viande : ca présente plutot bien, mais bof, c'est un peu sec. Et beaucoup gras.
Par contre pour assaisonner les plats ils font de la bouillie de piment/gingembre qui est tout à fait correcte, c'est le seul truc parfumé auxquel on a droit quand on veut manger "traditionnel".
Il y a aussi plein de fruits savoureux. Le seul problème c'est que la saison des litchis est finie, ca c'est une vraie catastrophe, il va falloir tenir un an maintenant. Actuellement c'est la saison des mangues. Les mangues c'est bon, mais ca se laisse pas grignoter aussi facilement que les litchis quand on est au boulot.

Dans la rue on trouve plein d'amuse-gueules potables, en particulier des minuscules brochettes ("maskita", avec en général un morceau de graisse de bosse de zebu pour le gout) qui accompagnent très bien la bière, et puis tout plein de beignets/fritures.
Mais le grand malheur c'est que ici les gens mangent et boivent debout, pas moyen de se mettre confortable il faut se resigner à s'agglutiner devant le comptoir des petites épiceries pour consommer. Zero convivialité, car on est sans cesse derangé par les gens qui viennent acheter des bricoles. Parfois il y a un petit recoin derriere avec des tables et des chaises, mais ca n'est pas la norme à Tana, et puis en général elles sont squattées par des habitués qui se ruinent la santé à grandes rasades de rhum bon marché.
Ceci, dit je suis stupéfait de la vitesse à laquelle je m'habitue à picoler debout en discutant le bout de gras avec d'autres alcooliques, au début ca me plaisait vraiment pas, comme quoi on se fait à tout. Je sens que bientot je vais franchir le pas et enfin manger ce qui me fait envie depuis le début: des crabes. Ben oui, dans la rue il y a des gens qui vendent des crabes, je sais pas d'ou ils sortent. Y a des huitres aussi. J'adore ca. Mais j'ai pas encore osé y toucher: ce sont des marchands ambulants qui se balladent avec des paniers de crabes, ensuite les habitués s'assoient sans facon sur le bord du trottoir et decortiquent le kilo qu'ils ont acheté. C'est un peu bête mais j'ai vaguement le sentiment que je vais faire pitié à tout le monde si je fais pareil!

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Acheter un terrain à Madagascar

Il y a un nombre invraisemblable d'internautes qui atterrissent sur mon blog depuis google avec des mots clefs du style "acheter maison Madagascar formalités visa". Ces termes sont au hit-parade des recherches ayant abouti à mon site, loin devant "pute malgache", c'est dire s'il s'agit d'une préoccupation importante.
Alors je suis obligé de mettre un avertissement: halte là google vous a trompé, vous n'êtes pas au bon endroit. Notamment parceque les informations que je donne dans ce post sont fausses, au moins en partie: en fait ce n'est pas Ravalomanana qui a fait passer la loi permettant aux investisseurs d'obtenir un terrain pour 99 ans c'est Ratsiraka. Par contre Ravalomanana a encore assoupli les règles du jeu puisque désormais les particuliers étrangers peuvent eux aussi obtenir un bail de 15 à 99 ans. Je me demande d'ailleurs comment ça marche cette histoire de bail, comment ça se passe à la fin, on perd le terrain que l'on a pourtant acheté et sur lequel on a construit une maison? Et puis les visas de 15 à 99 ans, je sais pas comment on les obtiens.
En revanche vous avez tout interet à correctement vous renseigner, car il parait que le marché immobilier malgache est assez embrouillé. Verifiez tout vous-même car vous ne pourrez vous fier à aucun intermédiaire : j'ai rencontré quelqu'un (malgache) qui s'est fait expulser de chez lui, car malgré qu'il soit passé par un notaire les titres de propriétés du terrain étaient inexacts et le vrai propriétaire s'est déclaré une fois la maison construite. Un autre (vazaha) m'a dit avoir perdu pas moins de un million d'euros (!) dans un programme de construction d'hôtel, l'intermédiaire escroc était francais (je craignais avoir affaire à un mythomane vu la somme mais j'ai eu confirmation de cette histoire depuis une autre source). Ce genre de choses arrive en France aussi, mais là il semblerait que ce soit largement facilité par les lacunes du cadastre qui n'est pas bien à jour. Ensuite c'est comme partout, les poursuites judiciaires sont longues et permettent rarement de tout récupérer. Sinon si votre femme est malgache vous pouvez mettre la maison à son nom, mais là vous n'avez pas besoin de conseils puisque vous savez ce que vous faites.

J'insiste tout spécialement sur l'anecdote de l'escroc francais parcequ'il y a une nette tendance chez beaucoup d'expatriés à considérer qu'on ne peut pas faire confiance à un malgache, et que (donc ?) il vaut mieux traiter avec un vazaha dès qu'il y a de l'argent en jeu. Outre les réminiscences d'apartheid de ce genre de généralisation et outre l'incohérence un peu schizo d'aller vivre chez des gens dont on se méfie, je suis franchement stupéfait de découvrir que des gens qui sont paranos avec les malgaches en arrivent par défaut à accorder facilement leur confiance à des francais. L'illustration parfaite c'est ma moto, tout le monde m'a mis en garde comme je l'ai acheté à un malgache; il y a maintenant des gens (pas que des vazahas!) qui me demandent si je veux la revendre, elle a pris de la valeur juste parceque la nationalité du propriétaire a changé! Comme si les francais ne mentaient jamais sur l'état des véhicules qu'ils revendent... ici comme ailleurs l'important c'est de s'y connaître un peu en mécanique ou de se faire accompagner par quelqu'un qui s'y connait. Pour l'immobilier moi j'y connais rien, donc il va falloir aller voir ailleurs!

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karaoke

Les malgaches adorent chanter.
D'un côté ca force l'admiration, parceque pour ca nous les francais on n'est vraiment pas les plus balezes, lorsqu'on me demande une chanson "de chez moi" je me rend compte que je ne connais meme pas les paroles de rengaines comme "a la claire fontaine" que je pense pourtant avoir appris un jour. Alors que les malgaches eux ont souvent un répertoire étonnant, pas seulement des chansons malgaches mais aussi des chansons francaises genre Brel Sardou Dion etc ou des chansons anglaises, qu'ils n'hesitent pas à entonner en choeur lorsqu'ils se reunissent pour faire la fête.
C'est là que se situe le problème: ils chantent en public, pas dans leur salle de bain le matin comme n'importe qui de bien élevé. Faut supporter des dissonances infernales et des enchaînement approximatif, en souriant pour ne pas briser l'ambiance. C'est amusant dans les fêtes privées mais tout spécialement abominable dans les karaokés, qui font un tabac ici. Je vous recommande le Buffet du Jardin à antanarene , tous les soirs vers les 19h y a une petite troupe de poufiasses jeunes femmes qui s'y chauffent la voix avant d'aller chercher le client s'eclater en boite. Le bar est équipé d'un système karaoke chinois non traduit, qui contient quelques tubes à l'accompagnement entierement réalisé au clavier Bontempi. D'une certaine manière ca vaut le détour, mais les mélomanes exigeants feraient tout de meme mieux de ne pas tenter l'expérience. Surtout que le repertoire est trés limité, on peut être amené à subir deux fois le meme titre si on traine trop à siroter sa thb.
Bon là c'est un cas extrême, bon nombre de malgaches chantent correctement, voire très bien. Par contre on note l'influence désastreuse des chants de messe dans le repertoire local, avec des mélodies alambiquées qui multiplient les transitions et les harmonies invraisemblable, genre prof de solfège fou qui s'obligerait à former des mélodies de 40 mesures pour y inclure toutes les tonalités et toutes les formes de cadences. On est infiniment loin du top50 francais avec ses refrains faciles à retenir, ici les compositeurs cherchent la difficulté. Et la trouvent, au péril des amateurs qui s'y essaient.
A côté de ca on a la musique pour danser, qui cette fois est d'une pauvreté incroyable, deux accords plaqués sur la cabosse et bingo on obtient un tube national pour peu que ce soit accompagné d'un clip bien ficelé et surtout que ca vienne "de la cote" . Car les gens des haut-plateaux sont réputés moins bon danseurs que ceux des bords de mers, supposés plus proches des racines africaines. Moi je suis pas ébloui par le résultat, c'est pas très joli comme maniere de danser. Y a un geste particulierement laid qui est très à la mode malgré son manque absolu de grace, et qui consiste pour les filles à lever la jambe sur le coté tout en continuant à se dandiner. C'est même pas vulgaire ou aguicheur, juste laid; y a peut être une symbolique cachée mais personne m'a expliqué.
Et puis il y a des choses très agréables aux oreilles occidentales, comme D'Gary ou Justin Valy, et d'autres encore dont je ne connais pas les noms; mais je découvre lentement car les gens, pour me faire plaisir ont plutot tendance à passer du cabrel en ma présence!

Pour ce qui est des chants de messes c'est hallucinant, moi qui complétement athée j'ai failli rentrer dans certaines églises tellement ils avaient l'air de s'amuser à l'interieur, tous à brailler en choeur avec des prêtres qui enflamment la foule facon prédicateurs américains. Le tout pendant des heures parfois (y a plusieurs sortes d'eglises et elles sont pas toutes bien clean, il y a des gros relents de sectarisme j'y reviendrais), et la sortie de la messe vaut aussi le détour, l'expression "endimanché" prend tout son sens tout le monde rivalise d'élegance.

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Des fleurs et des écoles maternelles

Deux toutes petites choses qui me font plaisir chaque jour:

1) Le matin on voit des papas amener leur bout de chou de 4-5 ans à l'école. Ca n'a l'air de rien, mais c'est une scene que je me rapelle pas avoir vu dans le Sahel. Tout bêtement parceque je ne crois pas qu'il y existe beaucoup d'ecoles pour les gamins de cet âge, et de toutes manières en aucun cas un homme malien ou un burkinabé ne va se préoccuper de son gamin avant qu'il ait 7-8 ans. Ce sont les femmes qui s'en occupent.
Alors voilà, à Tana il y a des écoles maternelles et une certaine forme d'égalité homme-femme, et ca me fait tres plaisir de voir ca. Même si ca ne concerne pas tout le monde.

2)Les Malgaches aiment les fleurs. Il y a fréquement un petit bouquet posé sur la table dans les gargotes même les plus modestes. Et il y a partout en ville des marchands de fleurs fraiches. Là encore ca parait ordinaire, mais c'est un joli superflu pour des gens pas bien à l'aise financierement.
D'autre part il y a en Afrique de grosses communautés libanaises, indiennes et chinoises; ce sont des population qui ont généralement un goût très prononcé pour les décorations kitsh et clinquantes, en particulier ils surchargent toujours leurs décos avec des guirlandes de fleurs en plastique. Moi j'ai horreur de ca, donc bravo aux malgaches qui ne se laissent pas influencer et qui continuent à aimer les vraies fleurs!

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Pousse-pousse

A trois heures de route de Tana on trouve Antsirabe, la ville la plus froide de Madagascar. On m'a parlé de -6° comme record absolu sur une montagne voisine. Ca me parait peu mais possible, en ce moment il fait déjà tres frais (12° la nuit) alors qu'on est dans l'ete austral. Il y a des gelées blanches en hiver.
Malgré cela les habitants n'ont pas inventé le pantalon, le costume local est une espéce de couverture-poncho certe epaisse mais qui laisse les jambes nues. Bizarre.
La ville en elle même est plutot agréable, avec de nombreux commerces et un grand marché. En plus les gens sont un peu plus decontractés qu'a Tana, on se sent un peu en province, il n'y a même pas d'embouteillages.
Par contre il y a un truc très, très, très pénible, c'est les pousse-pousses. Y en a partout, ca remplace les taxis. J'ai rien contre à priori, c'est un moyen de locomotion écologique et il n'y a rien d'indigne à gagner sa vie en tractant des gros lourdingues. Mais le problème c'est qu'ils sont SUPER CASSE COUILLES avec les touristes. Pas moyen de se promener à pied en ville sans qu'il y ait un abruti qui te suive en trainant sa charette et en te harcelant pour que tu monte dedans. Au bout d'un moment tu craques et tu gueules, là immanquablement il répond avec un grand sourire niais "bon d'accord, à plus tard alors; mon nom c'est Raymond N°5, t'oublies pas hein, N°5". Puis il part, et 3,33s aprés y en a un autre qui fait le meme cirque, ce coup là il s'appelle Alain N°2 ou Gerard N°4, car même s'il y a plus de 3000 pousse-pousses à Antsirabe j'ai pas entendu un numéro supérieur à 6.
Ca se corse encore un peu plus à la tombée de la nuit, là ils proposent carrément un package aller discothèque + retour hotel avec une fille. L'avantage c'est que la nuit il y a moins de monde dans les rues donc le vazaha enervé peut sans complexe pousser une gueulante et insulter tout son soul. Ca ne les empêche pas de revenir mais ca défoule.
Sinon à Antsirabe il y a une surprenante concentration d'hotels. Ca doit être dû à sa position stratégique sur la route qui en fait une étape presque obligée, parceque franchement le coin n'est pas si interessant que ca. C'est une région volcanique, la ballade recommandée vous dirige vers un petit lac tout bleu qui se niche au fond d'un cratére. Là encore ca pourrait être presque agréable, le coin est baignable et ca fait un lieu de pique-nique sympathique, meme si des lacs comme ca y en a une tetrachiée en France, et meme des bien plus chouettes, pas la peine d'aller aussi loin pour voir ca. Parceque une fois de plus on n'a pas la paix:
  • on paie une petite taxe pour accéder au lac (hyper-naze comme méthode pour récuperer l'argent du tourisme, mais hélas c'est la tactique Africaine, on pose des barrieres quand on a compris où passait le pigeon. Zero valeur ajoutée 8 fois sur 10,1 fois sur 10 l'argent sert à financer une rampe d'accés en béton qui bousille le paysage, et 1 fois sur 10 seulement il y a un vrai service, genre protection de l'environnement dans les parcs);
  • on paye un guide pour avoir des explications, (pas obligé mais ca sert, il faut en prendre un pour que les autres lâchent le morceau; ensuite le problème c'est qu'on doit subir les explications laboriseuses du malheureux, qui souvent correspondent mot à mot aux commentaires du Guide du Routard (qui copie qui? j'en parlerais dans un autre post));
  • on paye le vieux shnock qui roupille sur le parking et qui se dépéche d'indiquer que c'est lui qui va garder la moto, comme s'il y avait un risque de se la faire piquer en pleine cambrousse;
  • et finalement on ne peut pas profiter sereinement du paysage parcequ'il y a une armée de casse-couilles venus du village voisin qui tentent de vendre leur cochonneries de "souvenirs pour touriste", ici c'est des ammonites ou bien des pierres précieuses. Je me demande d'ailleurs QUI achète ces pierres précieuse: c'est vendu dans une petite boite avec un couvercle en verre, generalement y a 5-6 petits cailloux rouge ou vert qui ressemblent furieusement à du verre. C'est laid, le seul interet ca peut être de les monter sur des colliers, mais je suis étonné qu'il y ait autant que ca de masos qui s'amusent à fabriquer eux mêmes leurs bijoux avec ces éclats de bouteille de biere pierres mal taillées.

Pour le guide je râle parcequ'il ne m'a pas laché une minute et que son discours était franchement pas interessant, sauf sur un point: d'aprés lui le lac marche à l'envers, il est bas en saison des pluies et haut en saison seche. Son explication scientifique: le lac est relié par des grottes avec l'hémisphére Nord, c'est pour celà que tout est inversé. Ah ben oui.
Et puis bon, moi le lac j'y suis allé en moto, ca m'a fait une ballade sympa tout de même. Parceque le plus marrant, c'est qu'à Antsirabe on peut louer des VTT pour aller voir cette merveille de la nature. J'ai croisé des malheureux qui s'etaient fait avoir, ils en bavaient, c'est reservé aux sportifs entrainés: la piste est longue, il y a du denivellé et surtout il faut un vrai tout-terrain parceque c'est tour à tour raviné, sableux, caillouteux et boueux.

Bref Antsirabe ne m'a pas enthousiasmé. La région est jolie pour les ballades à pied, mais dans le même style je préfére largement Ambositra un tout petit peu plus loin sur la même route. Surtout que l'accueil est nettement plus sympathique...

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ONG

Qu'est-ce qu'une ONG? J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une catégorie juridique particulière, désignant des entités indépendantes de tout Etat. C'est le "Non Gouvernemental" de NG qui m'induisait en erreur. En fait non, il n'y a pas de statut spécial pour les ONG, c'est juste une dénomination vague pour désigner des associations dont les décisions ne sont pas directement prises par un gouvernement. C'est à dire que en gros n'importe quelle entreprise privée est une ONG. Selon Wikipedia :

L'habitude est de réserver le terme aux personnes morales à but non lucratif financées majoritairement par des fonds privés. Cependant, une société commerciale, en particulier multinationale, à capitaux privés est étymologiquement une ONG. De même toute association à but non lucratif est une ONG. L'habitude, là encore, a restreint l'appellation aux associations d'envergure internationale.


A Tana on croise plein de Vazahas qui affirment travailler dans des ONGs. Je pourrais désormais en faire autant puisque je bosse dans une société commerciale!
En fait dans la compréhension commune le terme ONG est relié à des entreprises humanitaires genre MSF ou Amnesty International, c'est pour cela qu'il y a autant de vazahas qui expliquent leur travail par "je bosse dans une ONG" : c'est vachement gratifiant, on comprend tout de suite qu'on a affaire à un philanthrope qui oeuvre pour le bien de l'humanité. En fait wikipedia est un peu réservé sur ce point :

Ces organisations sont en si grand nombre qu'elles couvrent tout le spectre politique, social et philosophique et anthropologique, y compris parfois pour la défense d'intérêts très restreints, voire très peu altruistes.

Ceci dit je ne doute pas que les ONGs présentes à Madagascar aient réellement un objectif humanitaire. Par contre j'ai cru observer un sévère décalage entre ces objectifs et les résultats... en fait personnellement je n'y crois quasiment pas à l"humanitaire", sauf dans un cas très particulier, celui de l'"action d'urgence". En particulier je suis un grand fan de Medecins Sans Frontiere, je ne doute pas de l'utilité d'envoyer des médecins sur place après un tremblement de terre ou pendant une guerre. Par contre ils considèrent que la reconstruction ce n'est pas leur domaine et ils partent dès que la situation d'urgence est passée: bravo, parceque effectivement le développement à long terme ce n'est pas l'affaire des ONGs étrangères, ce sont les états qui doivent le prendre en charge.
Et j'apprécie beaucoup leur éthique, ce sont les seuls à avoir été assez honnête pour refuser les dons après le tsunami en Asie lorsqu'ils ont constaté que ces dons dépassaient les besoins. Au grand dam d'autres ONGs toutes contentes de ramasser un pactole... car il ne faut pas se leurrer, l'humanitaire est un business comme un autre il faut avant toute chose obtenir des rentrées d'argent. C'est qu'il faut bien payer les salaires exorbitants des "spécialistes" européens envoyés sur place, ainsi que leur 4*4, leur villa avec air conditionné plus un billet A/R par an vers la France. N'imaginez pas que les membres d'ONG qui bossent "sur le terrain" le font bénévolement, c'est quelque chose de très rare - enfin, sur le long terme je veux dire, parceque des andouilles pleines de bons sentiment qui viennent passer 3 ou 6 mois gratuitement en Afrique pour "construire" une école ou un dispensaire, ça ça ne manque pas; c'est bien mignon mais parfaitement grotesque parceque ce n'est pas en quelques mois qu'on peut devenir efficace dans un contexte africain, ca demande un peu d'expérience.
Alors à coté de ce bénévolat on trouve des professionnels de l'humanitaire, qui souvent ont suivi des cursus universitaires spécialisés dans le développement (sisi, ca existe) et ont plusieurs année d'expérience des pays africains: ces gens là ne sont pas bénévoles, il n'y a pas de raisons d'ailleurs qu'ils n'aient pas de salaire. Le problème c'est que malgré leur haut niveau de qualification, leur action est généralement dérisoire. Ca n'est pas si facile que ca d'"aider". Il y a certains problèmes sur lesquels les occidentaux arrivent à être efficace, comme la lutte contre le Sida, le creusement de puits ou bien la réinsertion des gamins des rues, mais de façon générale la plupart des projets ont un impact insignifiant sur le développement des pays africains. Voire même un impact négatif. Par exemple j'ai lu qu'apres le Tsunami le Sri Lanka a été innondé de bateaux de pêche, à tel point que maintenant il y en a trop, ce qui pose le problème de la surproduction qui n'enrichit pas les pécheurs tout en dépeuplant l'Ocean. Autre exemple, l'aide alimentaire en cas de famine qui a pour effet de bord de ruiner les agriculteurs locaux qui se voient concurrencés par du riz gratuit. Le PAM (Programme Alimentaire Mondial) est fameux à ce sujet: la manière propre de travailler serait qu'en cas de famine dans une région le PAM achète de la nourriture dans les régions excédentaires les plus proches, ce qui aurait pour effet à la fois de nourrir les affamés et de soutenir l'agriculture des pays voisins. Mais le PAM est principalement subventionné par les USA, qui ont trouvé là un filon pour écouler leurs excédents agricoles; l'argent sert dont à payer des agriculteurs du Texas et des dockers de Miami.
Beaucoup d'ONG travaillent sur l'amélioration des techniques agricoles. Là encore le résultat est dérisoire, parceque les paysans sont dans tous les pays du monde des gens conservateurs qui ne changent pas facilement leurs méthodes de travail. Pour les convaincre il faut user de psychologie, donc il faut bien les connaitre, donc ce n'est pas un étranger qui ne parle meme pas la langue du pays qui va y arriver. CQFD. Le résultat c'est que par exemple le coopérant arrive avec de l'argent pour acheter des tracteurs ou des systèmes de micro-irrigation; les villageois prennent tout, disent merci et se dépêchent de revendre le matériel pour s'acheter une télévision avec l'argent. Ce n'est pas de la bêtise c'est la nature humaine, personne n'a envie de se faire dicter sa conduite par un étranger, alors que tout le monde veut regarder le 20h. Il ne fait pas de doute pour moi qu'un projet de développement ne peut fonctionner QUE si c'est les bénéficiaires eux même qui en font le projet. Observant ces faits les humanitaires ont subtilement changé leur approche: au lieu d'arriver en disant "ce qu'il vous faut c'est un tracteur, voilà un tracteur", ils arrivent avec le discours "on a de l'argent, si vous avez un projet viable parlez nous en". Les villageois rusent donc un peu pour tirer les vers du nez du coopérant et obtenir des exemples de projets viables, et une fois qu'ils ont compris que ca ne marchera que s'ils demandent un tracteur, hop ils demandent un tracteur. Eh oui...
Jusque là on ne peut pas jeter la pierre au coopérant : il peut bien essayer. Ce qui m'indigne c'est qu'au bout de deux ou trois projets foireux comme ca une personne honnete devrait se remettre en question et passer à autre chose. Mais comme je l'ai dit plus haut l'humanitaire s'est professionnalisé, il n'est pas question pour ces gens là d'abandonner leur filière, alors malgré tout ils continuent... Ils se mentent à eux-mêmes et mentent au reste du monde. Comme dirait Tiken Jah Fakoly "ils ne sont pas là pour rien".



Quelques documents piochés sous Google :
Sur les ambiguïtés du PAM:
"Au lieu de cela le PAM fit venir de l'orge des Etats-Unis"
Sur les difficultés de l'aide apres le tsunami :
"chaque pêcheur recevra trois bateaux"
Sur les ONGs parasites :
"Ils se pavanent dans des Patrol et des Pajeros"
"Toute ONG qui se respecte doit, pour commencer, disposer de trois choses: un bureau, un ordinateur et une Pajero 4x4"

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Les anglais veulent tirer les premiers

Petite anecdote relatée aujourd'hui par l'Express de Madagascar dans sa rubrique "Histoire" :
Il y a 150 ans, lorsque des ambassadeurs Britaniques sont venus négocier un traité à la cour du roi, ce dernier a fait venir à leur intention quelques danseuses à la cuisse légère. D'après le journal il ne s'agit là que d'une facette de l'hospitalité Malgache, la tradition préconiserait de mettre ses invités à l'aise au point de leur offrir une femme pour la nuit. Les anglais, coincés comme ils l'étaient à l'époque victorienne, l'ont tres mal pris, au point de repartir en colère et d'envoyer une lettre de protestation par la suite.
Ce qui a enormément surpris la cour, car quelques années auparavant la délégation Francaise, elle, avait apprécié la faveur sans faire la fine bouche!

Je salue au passage le courage et la patience de ces ambassadeurs: à l'époque on se déplacait en bateaux à voile... je ne sais pas exactement combien de temps il fallait pour rejoindre Madagascar, mais ca se comptait certainement en mois, j'imagine trois ou quatre mois de mer environ. Tout ca pour négocier d'hypothétiques traités avec des peuples qui tantôt t'accueillent avec des filles, tantot avec des sagaies. Peut être qu'avec l'augmentation du prix du pétrole on en reviendra à la marine à voile? Ca ne manquerait pas de style, j'ai hate de voir ca.

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